Le pacte de responsabilité sous le feu de critiques… justifiées?

SOCIAL Décryptage des arguments des différents bords politiques à l’encontre des annonces de Manuel Valls…

Bertrand de Volontat
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Manuel Valls et François Hollande
Manuel Valls et François Hollande — Sipa

Le Premier ministre Manuel Valls a présenté mercredi son plan d’économies de 50 milliards d’euros pour financer le pacte de responsabilité et réduire les déficits publics.

Ce plan s’articule autour de 8 milliards d’euros d’économies pour l’État entre 2015 et 2017, 21 milliards d’euros pour la protection sociale, 11 milliards d’euros pour les collectivités locales. Beaucoup craignent que ce pacte nuise à la croissance et soit une nouvelle forme d’austérité. Les critiques sont-elles justifiées? Antoine Bozio, économiste à l’IPP, éclaire 20 Minutes sur la question.

A EELV, on craint pour les ménages

Pour les écologistes, qui déplorent «iniquité, austérité et inefficacité», ces économies vont frapper en premier lieu les ménages les plus fragiles sans s’attaquer aux dépenses antisociales et néfastes pour l’environnement, comme la niche diesel qui aurait pu rapporter 7 milliards d’euros. «Les classes les plus fragiles seront certainement touchées par ces réductions de prestations sociales mais tout dépend de comment les dépenses de sécurité sociale (retraite, santé) sont réduites, affirme Antoine Bozio. Des réformes structurelles permettraient de protéger les plus pauvres en concentrant la réduction des dépenses sur des gains d’efficacité. Cela prend du temps et le quinquennat est déjà bien entamé.»

A l’UMP, on dénonce l’absence de réformes structurelles

«Mobiliser tout l’appareil médiatique français comme l’a fait Manuel Valls hier pour en réalité ne rien annoncer de précis, ce n’est pas avec ça que l’on va réduire le déficit», a dénoncé Jean-François Copé. Selon le président de l’UMP, interrogé ce jeudi sur France 2, il faudrait «réformer le modèle économique français, réduire le périmètre de l’Etat, repenser la question de l’organisation du temps de travail dans les entreprises, faire une grande réforme des retraites». «La critique est en partie justifiée car il y a très peu de réformes structurelles mise à part la réforme territoriale, estime Antoine Bozio. Et cela sera insuffisant pour atteindre les 50 milliards d’euros de réduction des dépenses.»

Au FN, on décrit «une cure d’austérité sans précédent» 

«Nous ne sommes pas dans une politique d’austérité, a insisté Michel Sapin, mais dans une politique sérieuse, responsable». «On ne baisse pas les prestations», a-t-il ajouté pour contredire cette critique. Pour Antoine Bozio, «le mot austérité est connoté négativement. Nous avons un niveau de dépenses publiques qui a augmenté plus vite que le revenu national. Ce niveau est-il justifié? Le pacte de responsabilité doit permettre de redonner de l’air aux entreprises en réduisant les cotisations sociales. Mais il y a encore un manque de clarté sur cette réduction des dépenses. Il faut certes dépenser moins mais surtout dépenser plus efficacement».

11 milliards d’économies sur les collectivités locales mais plus d’impôts locaux?

Pour Philippe Crevel, du cercle des épargnants, tout plan d’économies sur les collectivités locales peut se traduire par un transfert de charges au détriment du contribuable local. Du fait de la part des dépenses incompressibles dans les collectivités locales (éducation, routes, dépenses sociales), les responsables locaux risquent d’être contraints d’augmenter la pression fiscale sur les contribuables locaux. Ce transfert est constaté depuis des années. «S’il y a un transfert de charges au niveau local, ce serait un échec de la rationalisation de ces échelons administratifs», reconnaît l’économiste.