Nantes: Les ouvriers de la plus grosse usine de cigarettes française sous le «choc»

A Nantes, Frederic Brenon

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Ouvrier en grève de la Seita usine de Carqeufou, Nantes, Loire Atlantique
Ouvrier en grève de la Seita usine de Carqeufou, Nantes, Loire Atlantique — JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Les craintes de syndicats étaient fondées. Le fabricant de cigarettes Seita, filiale du britannique Imperial , a annoncé ce mardi la fermeture de son site de Carquefou, près de Nantes. Plus grosse usine de cigarettes en France, elle produit près de 12 milliards de cigarettes par an, essentiellement pour les marques Gauloises, News, JPS, Fortuna et JPS.

La décision de la Seita, justifiée par un plan d’économies «dans un contexte marqué par un ralentissement de la demande de tabac, l’accroissement de la pression réglementaire et l’explosion de la contrebande», s’accompagnera aussi de suppressions d’emplois à Bergerac (Dordogne), Fleury-les-Aubrais (Loiret) et au siège parisien. Au total, 424 postes sont supprimés en France. Une partie de l’activité pourrait être délocalisée en Pologne, selon les syndicats.

«On gagne des millions, notre usine est rentable»

Relayée au personnel réuni devant les grilles à midi, la nouvelle a fait l’effet d’un «coup de massue» à Carquefou, où travaillent 327 salariés et près de 200 prestataires.  «J’espérais que les rumeurs se trompaient mais, là, c’est la claque, c’est catastrophique», commente Myriam, sonnée. «On est écœuré, confirme Jérôme Bernouis, délégué CGT. Si encore on perdait de l’argent, on pourrait l’avaler. Mais le groupe fait des millions de bénéfices, notre usine est rentable, personne ne vous dira le contraire! Notre production va à 60% à l’export, or les ventes de cigarettes à l’étranger progressent. On sait pertinemment que ce plan c’est uniquement pour améliorer les dividendes des actionnaires.»

La situation est d’autant plus mal vécue par les salariés de Carquefou que la grande majorité d’entre eux ont déjà connu une fermeture d’usine de la Seita en France. «Quand ils ont supprimé Strasbourg en 2009 on m’a dit de venir à Nantes, que c’était l’avenir. J’ai l’impression que c’était hier. A chaque fois c’est pareil, l’entreprise fait des bénéfices. Les possibilités de reclassement sont extrêmement limitées désormais. Et si c’est pour être encore viré dans trois ans…», raconte, «dégoûté», Manu. «On va se battre pour faire changer les choses, promet le syndicaliste CGT. Mais ça va être très dur. On est face aux puissances financières. On n’est rien à côté.»