«Bouygues Telecom est contraint de bouger»

INTERVIEW Adrien Bourreau, du cabinet Kurt Salmon, évoque le possible rachat de la filiale télécoms du groupe de Martin Bouygues par Free...

Propos recueillis par Céline Boff

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Le PDG du groupe Bouygues, Martin Bouygues, à Meudon le 1er octobre 2013
Le PDG du groupe Bouygues, Martin Bouygues, à Meudon le 1er octobre 2013 — Eric Piermont AFP

Free va-t-il mettre la main sur la filiale télécoms de Bouygues? Les deux groupes seraient actuellement en négociations. 20 Minutes fait le point avec Adrien Bourreau, expert de ce secteur au cabinet Kurt Salmon.

Le groupe Bouygues chercherait à revendre sa filiale télécoms au groupe Iliad (Free). Est-ce une bonne idée?

Nous sommes encore au stade des rumeurs. Ceci dit, en décidant de céder sa filiale SFR à Numericable, Vivendi place Bouygues dans une posture délicate. Contrairement aux autres opérateurs, Bouygues Telecom ne marche que sur une seule jambe, puisqu’il est peu présent dans le fixe. Il est donc contraint de bouger.

Dans le même temps, certains acteurs ont tout intérêt à profiter du contrecoup subi par Bouygues pour avancer. A commencer par Free, qui avait déjà montré son intérêt pour les fréquences et les antennes de Bouygues lorsque ce dernier bataillait pour mettre la main sur SFR.

Free serait prêt à mettre 5 milliards d’euros sur la table pour s’offrir Bouygues Telecom, mais ce dernier réclamerait 8 milliards… Quelle est, selon vous, l’estimation la plus juste?

A 5 milliards d’euros, la valeur de l’abonné Bouygues tombe à 120 euros, ce qui est relativement bas. Certes, le revenu dégagé par les abonnés n’a cessé de baisser ces dernières années, mais il reste tout de même à des niveaux plus confortables.

Bouygues négocierait également avec l’opérateur espagnol Telefonica. Quelles seraient les conséquences d’un tel rapprochement pour les consommateurs?

Si Bouygues est racheté par Free, le marché revient à trois opérateurs. Si Telefonica l’emporte, il reste à quatre.

Dans un cas comme dans l’autre, je ne suis pas certain qu’il y ait de grandes évolutions sur le plan tarifaire. La guerre des prix a déjà eu lieu, l’arrivée de la 4G n’a pas eu l’effet escompté sur leur revalorisation, je suis donc assez sceptique quant à une hausse des tarifs.

Bouygues Telecom peut-il subsister en l’état?

Les analystes et les investisseurs ont tous du mal à voir comment Bouygues pourra rebondir. Il va devoir redéfinir sa stratégie dans les trois à douze prochains mois. L’enjeu pour lui est de préserver sa base d’abonnés mobile tout en se montrant conquérant sur ce marché mais aussi sur celui de l’Internet fixe. Il doit donc être agressif sur le plan tarifaire, un mouvement qu’il a d’ailleurs initié ces derniers mois.

Par ailleurs, Bouygues a récemment signé un accord de mutualisation des réseaux avec SFR. L’objectif était de limiter les coûts fixes qui sont très importants. D’un point de vue contractuel, cet accord n’est pas remis en cause par le rapprochement SFR-Numericable, mais d’un point de vue tactique, Bouygues a-t-il vraiment intérêt à s’allier avec celui qui devient désormais son concurrent le plus direct et le plus dangereux? Il pourrait plutôt décider de signer un accord équivalent avec Orange.

La tempête dans les télécoms sera-t-elle bientôt terminée?

Pour le savoir, il faut attendre que les opérateurs se soient repositionnés et qu’ils aient présenté leurs offres. Dans six mois, nous aurons une vision plus claire du marché. Je pense que le consommateur va au final bénéficier de ces bouleversements, mais à moyen terme, la pérennité des différents acteurs et leurs capacités d’investissement posent question.