SFR-Numericable: Ce qu'il faut retenir de cette future union

TELECOMS Le point en cinq questions...

Céline Boff

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Le logo SFR à Lille, le 24 février 2014
Le logo SFR à Lille, le 24 février 2014 — Philippe Huguen AFP

C’est fait. Samedi, le conseil de surveillance de Vivendi a décidé de vendre sa filiale SFR au groupe Numericable et à sa maison mère Altice. Il écarte ainsi définitivement l’offre de Bouygues Telecom. A quoi les consommateurs doivent-ils s’attendre? 20 Minutes fait le point.

Comment s’appellera le futur groupe? 

Il utilisera la marque SFR, qui dispose «d’une notoriété trois fois supérieure à celle de Numericable», rappelle Patrick Drahi, patron d’Altice. Le nouvel ensemble, dont Vivendi reste actionnaire à 20% (60% pour Altice), rassemblera plus de 28 millions de clients et «il aura son siège et paiera ses impôts en France», assure Drahi.

A noter que ce rapprochement entre un groupe de téléphonie et un câblo-opérateur n’est pas une exception française: de telles opérations ont déjà été menées en Espagne, en Allemagne, en Israël ou encore en République dominicaine. «La convergence du fixe et du mobile est l’avenir des télécoms», estime Drahi.

Quand sera-t-il créé? 

La vente devrait être bouclée au plus tard au dernier trimestre 2014. D’ici là, le groupe SFR-Numericable doit consulter les instances représentatives du personnel concernées par le projet et décrocher l’autorisation de l’Autorité de la concurrence.

Mais l’opération pourrait aboutir plus rapidement: «Je serais déçu, pour les consommateurs, si le projet prend autant de temps», commente Patrick Drahi. «En Allemagne, le rachat du câblo-opérateur Kabel Deutschland par l’opérateur Vodafone a été réalisé en un mois.»

A quels changements le consommateur doit-il s’attendre? 

Il bénéficiera «de nouvelles offres début 2015, peut-être même avant», estime Mathieu Drida, PDG de Meilleurmobile.com.

Cet expert s’attend «à une baisse des prix du côté de Numericable sur les offres quadruple play [les offres combinant accès à Internet, téléphonie fixe, télévision et téléphonie mobile, ndlr]» et à «une stagnation des prix côté mobile, puisque nous restons dans un marché à quatre opérateurs».

Pour Antoine Monceaux, expert télécom chez Choisir.com, «il est toutefois possible que les offres de téléphonie fixe couplées aux offres Internet voient leur prix augmenter sous couvert d’ajout d’options innovantes: fibre, nouvelles destinations, nouveaux services, etc». Et il estime que «le consommateur ayant de forts besoins en termes de débit risque de continuer à payer le prix fort».

En effet, Patrick Drahi ne cache pas son ambition: «Notre business plan, c’est de conquérir des clients sur le très haut débit, un service qui est dix fois, et même cent fois, supérieur à celui de l’ADSL, et pour lequel les abonnés sont prêts à payer plus cher.» 

Pour l’heure, Mathieu Drida recommande aux consommateurs «d’attendre quelques semaines avant de contracter un nouvel abonnement, car, au-delà du rapprochement SFR-Numericable, la fin du printemps et l’été sont toujours des périodes propices aux promotions».

Quid des salariés? 

Altice s’est engagé à maintenir tous les emplois chez SFR et Numericable pendant 36 mois à partir de la signature de l’accord, «sauf revirement économique imprévisible».

La consultation des instances représentatives du personnel de Numericable va débuter ce mardi et celle des salariés de SFR devrait suivre rapidement.

En tout cas, le futur groupe prévoit dès 2015 un «investissement massif» dans le développement de la fibre optique, avec pour objectif de couvrir 12 millions de foyers en 2017, et veut également poursuivre «les investissements prévus en 4G et, dès qu’il en sera question, en 5G».

«Nous sommes le numéro 1 sur le très haut débit et nous voulons devenir également le numéro 1 sur les offres quadruple play», insiste Patrick Drahi.

Et Bouygues dans tout ça? 

Il devient clairement «le groupe le plus fragile dans un marché à quatre opérateurs», analyse Jean-Michel Huet, directeur associé du cabinet BearingPoint Management & Technology Consultants.

Sans compter qu’avec la fusion SFR-Numericable, il est aussi le groupe le plus fragile dans le fixe. Selon Natixis, Bouygues pourrait bien finir par vendre son activité télécoms à Iliad/Free.

Pour Mathieu Drida, «cette question ne se pose pas encore. Bouygues est une société qui se porte bien et qui a de bons arguments: elle est bien positionnée sur le plan tarifaire et son réseau 4G est performant».