Lafarge et Holcim fusionnent pour créer le numéro un mondial du béton

ACQUISITION La nouvelle entité pèsera 32 milliards d'euros et 130.000 emplois, sous réserve du feu vert des autorités de la concurrence...

B. de V. avec AFP
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Un camion du groupe Holcim à Jakarta, en 2006
Un camion du groupe Holcim à Jakarta, en 2006 —

Les deux plus grands cimentiers mondiaux, le suisse Holcim et le français Lafarge, vont fusionner pour donner naissance au numéro un mondial du béton, qui pèsera 32 milliards d'euros et 130.000 emplois, sous réserve du feu vert des autorités de la concurrence.

Le gouvernement français fera preuve «d'une grande vigilance» sur la fusion du cimentier français Lafarge avec le suisse Holcim, en particulier concernant la préservation des emplois en France, a déclaré ce lundi le nouveau ministre de l'Economie Arnaud Montebourg, à Berlin.

«Ce projet de fusion est une opportunité unique dans l’histoire d’une entreprise», a affirmé lundi le président d'Holcim, Rolf Soiron, lors de l'annonce de la fusion, quelques jours à peine après la divulgation vendredi de «négociations avancées» entre les deux groupes en vue d'un tel rapprochement.

LafargeHolcim sera présent dans 90 pays

«Avec cette fusion de deux groupes aux fortes racines européennes, nous franchissons une nouvelle étape», a renchéri le PDG de Lafarge, Bruno Lafont.

L'opération prendra la forme d'une offre publique d'échange lancée par le groupe suisse Holcim sur son concurrent français Lafarge, au taux d'une action Holcim pour une action Lafarge, ont précisé les deux groupes dans un communiqué commun, ajoutant espérer boucler la transaction au premier semestre 2015.

Faire face à la morosité du marché de la construction

Le nouveau groupe issu de cette «fusion entre égaux», baptisé «LafargeHolcim», sera «positionné de façon unique dans 90 pays et réparti de façon équilibrée entre pays développés et pays à forte croissance», se sont félicité les deux groupes. Cette société sera basée en Suisse, comme Holcim, et cotée à la fois à Paris et à Zurich.

L'opération, si elle aboutit, devrait donner naissance à un colosse faisant figure de champion incontesté, au sein d'un secteur encore très fragmenté. Ensemble, Lafarge et Holcim représentent un chiffre d'affaires combiné de 32 milliards d'euros, et un excédent brut d'exploitation (Ebitda) de 6,5 milliards d'euros.

De plus, les deux cimentiers, qui font face à la morosité du marché de la construction en Europe, espèrent en se rapprochant dégager 1,4 milliard d'euros de synergies annuelles au bout de trois ans, dont un tiers devrait être réalisé dès la première année.

Véritable complémentarité

Cependant, les deux groupes devront passer sous les fourches caudines des autorités de régulations. Ils promettent ainsi «des cessions d'actifs dans le cadre d'une optimisation stratégique du portefeuille, tout en anticipant les demandes des autorités de régulation, représentant 10% à 15% de l'Ebitda du nouvel ensemble», soit entre 650 millions et près d'un milliard d'euros.

Les deux groupes insistent certes sur leur complémentarité, avec une forte présence de Lafarge en Afrique et de Holcim en Amérique latine, mais ils ont tous deux des positions très fortes et jusqu'à présent concurrentielles en Europe.

Pas de fermeture d'usines prévues

«Il n'y a pas de fermeture d'usine associée directement à cette transaction», a affirmé le patron de Lafarge. «Un désinvestissement, ce n'est pas une fermeture d'usine. C'est la cession d'un actif à un autre acteur», a-t-il ajouté.

Grâce à ces désengagements, les deux groupes espèrent obtenir rapidement le feu vert des autorités de la concurrence. «Nous allons entrer dès maintenant en discussion avec la Commission européenne et les autres autorités de concurrence dans un esprit constructif et nous avons confiance en l'aboutissement rapide de ces transactions», a affirmé M. Lafont.

Avec un chiffre d'affaires de 16,1 milliards d'euros en 2013, Holcim est le leader mondial du ciment devant Lafarge, dont les ventes ont atteint 15,2 milliards d'euros l'année dernière. Leurs principaux concurrents, l'allemand HeidelbergCement et le mexicain Cemex, arrivent ensuite avec des chiffres d'affaires de 13,94 milliards et 11,1 milliards d'euros, respectivement.