Equal pay day: Comment les autres pays luttent-ils contre les inégalités de salaire entre hommes et femmes?

FEMMES La journée internationale de l’égalité salariale a lieu ce lundi. L'occasion d'observer les bonnes pratiques à l'étranger...

Delphine Bancaud

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Bulletin de paie, image d'illustration.
Bulletin de paie, image d'illustration. — F. DURAND / SIPA

C’est ce lundi qu’a lieu l’Equal pay day organisé pour rappeler qu’à travail égal les femmes sont toujours moins payées que les hommes. L’occasion pour 20 Minutes d’observer certaines pratiques à l’étranger en matière de lutte contre les inégalités salariales entre les hommes et les femmes. Des mesures qui ont déjà inspiré la France ou qui pourraient la faire dans les prochaines années.

Le Québec évalue les écarts et les rattrape

En 1996, le Québec a voté une loi visant à réduire les inégalités de salaires entre les hommes et les femmes. Toutes les entreprises de plus de 10 salariés doivent évaluer les écarts salariaux et mettre en place des mesures correctives, sous peine de sanctions financières. En 2010, le bilan de la loi était plutôt positif: 500.000 travailleuses avaient alors bénéficié d’un ajustement salarial, d’en moyenne 6,5 %. «Ce système est intéressant, car ce ne sont pas les branches qui évaluent les écarts salariaux comme souvent en France, mais les entreprises elles-mêmes. Et cette exigence touche aussi les petites structures, ce qui n’est pas le cas chez nous. Les sanctions sont également suffisamment coercitives pour être efficaces», estime Sylvie Brunet, co-auteur d’un rapport sur l’égalité professionnelle entre femmes et hommes pour le Conseil économique, social et environnemental. «Par ailleurs, la France n’évalue pas assez l’impact de ses lois, ce que nous devrions faire comme au Québec pour mesurer l’efficacité de nos politiques», ajoute-t-elle.

Le Portugal vérifie que les différences salariales ne sont pas dues à des préjugés sexistes

Le pays a beaucoup travaillé sur les inégalités salariales dans le secteur de la restauration. Il en est ressorti que les emplois de serveur étaient occupés par une majorité d’hommes et que ceux d’aides cuisiniers l’étaient par des femmes. Deux postes qui auraient dû se retrouver au même niveau dans l’échelle des salaires. «Or, certaines tâches remplies par les aides cuisiniers étaient moins bien valorisées que celles remplies par les serveurs, avec une différence salariale à la clé», explique Sylvie Brunet. Cette étude a permis au Portugal de revaloriser certaines fonctions occupées par les femmes. «La France devrait aussi réexaminer les métiers où il y a une forte concentration de femmes, pour évaluer si certaines tâches ne sont pas insuffisamment valorisées et procéder le cas échéant à des ajustements de salaires», estime Sylvie Brunet.

La Belgique en fait une affaire d’Etat

Elle a été le premier pays en Europe à organiser, en 2005, une Journée de l’égalité salariale. Depuis quelques années, ce sont les trois plus grands syndicats qui se chargent d’organiser l’événement. Ils utilisent des campagnes d’affichage humoristiques, des annonces dans les médias, un site internet dédié, les médias sociaux… Un battage médiatique, qui combiné avec d’autres mesures, contribue à sensibiliser les employeurs à cette thématique et les incite à agir.

La Suède a mis en place un congé parental partagé entre les parents

«Beaucoup de femmes sont encore pénalisées par leurs maternités et par leurs absences liées à la prise d’un congé parental. Leur rémunération peut stagner de ce fait pendant plusieurs années», note Sylvie Brunet. Pour limiter cela, en Suède, la mère et le père ont droit à quinze mois de congé parental à se partager. Dont deux mois réservés à chacun. Ce congé peut être utilisé jusqu’aux 8 ans de l’enfant et est bien rémunéré: le père ou la mère touche 80 % de son salaire pendant 390 jours. Les 90 jours restants sont en revanche payés à taux fixe, dont le montant est déterminé chaque année. «Ce dispositif a inspiré les nouvelles règles du congé parental prévu dans la loi sur l’égalité femmes-hommes et joue en faveur d’un meilleur équilibre des salaires», explique Sylvie Brunet. À condition que les pères se saisissent de cette nouvelle possibilité, ce qui n’est pas gagné en France…d'autant que la rémunération en France ne représente, contrairement à la Suède, que quelques centaines d'euros mensuels.

Le Royaume-Uni favorise le travail des femmes

«Davantage d’hommes peuvent effectuer des heures supplémentaires que les femmes, car le partage des tâches domestiques est encore très inégal. Ce qui se ressent sur le salaire de ces dernières», constate Sylvie Brunet. Pour limiter le temps partiel subi chez les femmes et le permettre de travailler plus et mieux, le Royaume-Uni a mis en place en 2003 le «right torequest flexible working». Par ce dispositif, les parents d’enfants âgés de 17 ans ou moins peuvent demander à leur employeur des horaires de travail plus flexibles (ou la possibilité de travailler à domicile). Près de 80 % des demandes de ce type sont acceptées par les employeurs. Un dispositif intéressant dont ne s'est pas encore inspiré la France...