Face à la crise, les Français se convertissent à la vente en ligne

CONSOMMATION En période de baisse du pouvoir d’achat, deux Français sur trois disent avoir déjà vendu un objet ou un service sur des sites d’annonces…

Nicolas Beunaiche
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Un internaute surfe sur un site de petites annonces.
Un internaute surfe sur un site de petites annonces. — DURAND FLORENCE/SIPA

Du lot de timbres indonésiens à un euro jusqu’à l’appartement sept pièces au coeur du XVIe arrondissement de Paris à plus de deux millions d’euros, on trouve de tout sur les sites comme Le Bon Coin ou Ebay. De tout, mais aussi tout le monde. Selon une étude présentée ce jeudi par l’Ifop*, en partenariat avec le spécialiste français du paiement en ligne PayPlug, 65% des Français ont ainsi déjà vendu un objet ou un service sur Internet. Un effet de la crise?

Entre 2008 et 2014, l’activité d’un site comme Le Bon Coin a en tout cas explosé. Alors que près de huit millions d’annonces y étaient recensées il y a six ans, la brocante virtuelle en affiche aujourd’hui plus de 24 millions. Un boom que l’on constate également chez ses principaux concurrents, Ebay ou PriceMinister.

Les jeunes, grands vendeurs en ligne

Parmi ces annonces, une proportion non négligeable d’objets ont été achetés dès l’origine dans le seul but de les revendre plus cher (17% des sondés par l’Ifop disent l’avoir fait) ou ont été fabriqués par le vendeur lui-même (7% des sondés). Des chiffres qui font dire à Frédéric Micheau, directeur adjoint de l’institut de sondage, que l’«hypothèse» de l’impact de la crise est «validée». «Ces sites sont une double réponse à la crise, renchérit Flavien Neuvy, directeur de l’Observatoire Cetelem de la consommation. Les internautes achètent moins cher et se transforment ensuite en vendeurs.»

L’analyse du profil des e-commerçants va dans le même sens. Si la vente en ligne d'objets est une pratique répandue parmi les cadres, relativement moins touchés par la baisse du pouvoir d’achat, l’étude révèle aussi que les inactifs, les employés et les personnes aux revenus les plus modestes, pour qui la crise est encore plus douloureuse, sont de gros vendeurs online de services (garde d’enfants, ménage, jardinage…).

«On n’en est qu’au début»

Et si le commerce en ligne n’est pas un moyen de faire fortune, il peut toutefois être une source de revenus conséquente. Selon l’étude de l’Ifop, les Français tirent en moyenne 61 euros par mois de ces ventes. Un montant qui peut même grimper à plus de 100 euros pour 21% d’entre eux. «Ce n’est pas encore un deuxième salaire, mais ces sommes d’argent commencent à devenir significatives», souligne Frédéric Micheau. Et Camille Tyan, cofondateur de PayPlug, de citer l’exemple d’une étudiante qui utilise son service de paiement en ligne pour vendre des figurines du Seigneur des anneaux… pour un «salaire» de 1.000 euros par mois.

La tendance, bien affirmée, ne semble d’ailleurs pas près de s’inverser: alors que deux Français sur trois déclarent avoir déjà vendu un objet sur Internet, la proportion de ceux qui pourraient le faire monte, elle, à quatre Français sur cinq. «On n’en est qu’au début, conclut Flavien Neuvy. La France est un marché développé: dès qu'on achète une voiture ou un canapé, il se posera toujours la question de ce qu’on fait de l’ancien.»

*Sondage réalisé du 12 au 14 mars sur un échantillon de 1.009 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus sélectionnés selon la méthode des quotas.