Remaniement: Arnaud Montebourg, le grand gagnant

NOMINATION Il devient le ministre de l'Economie...

Céline Boff
— 
Arnaud Montebourg, en mars 2014 à Paris
Arnaud Montebourg, en mars 2014 à Paris — Patrick Kovarik AFP

C’était impensable il y a deux ans. C’est désormais une réalité: Arnaud Montebourg, 51 ans, est le nouveau ministre de l'Economie et du Redressement productif. L’électron libre du PS conserve donc son précédent portefeuille mais il remporte surtout celui de Pierre Moscovici, débarqué du gouvernement Valls.

Celui qui avait déclaré lors de l’élection présidentielle de 2007 «Ségolène Royal n’a qu’un seul défaut, c’est son compagnon [François Hollande, ndlr]», devient donc le nouvel homme fort de Bercy. L’opinion le connaît surtout pour sa critique fervente et permanente de la mondialisation et pour ses prises de position musclées contre les patrons et notamment contre le sidérurgiste Lakshmi Mittal ou encore l’ex-PDG de PSA Philippe Varin. Mais aussi pour son combat, finalement perdu, en faveur de la nationalisation de Florange.

Le nouveau chouchou des patrons

Reste qu’au fil des mois passés à Bercy, les choses ont progressivement changé. Il a d’abord enfilé la marinière pour défendre le fabriqué local, réconciliant ainsi les salariés et les patrons de l’industrie made in France. Il a ensuite apporté un soutien sans faille au rapport Gallois, pensé pour défendre la compétitivité des entreprises françaises. Avant de créer les Objets de la nouvelle France industrielle, un événement récurrent plaçant sous le feu des projecteurs les dirigeants innovants, et de présenter à l’automne dernier, en grande pompe à l’Elysée et au côté du chef de l’Etat, les 34 plans de la Nouvelle France industrielle, dont il est l’artisan.

Petit à petit, Montebourg a réussi à troquer son costume de représentant de la gauche du PS pour enfiler celui du social-démocrate, plus dans l’air du temps gouvernemental. Et il est même devenu l’un des chouchous des patrons, en tout cas de ceux de l’industrie. Quelques jours avant le premier tour des municipales, ces derniers ont multiplié les compliments à son égard.

Défenseur des gaz de schiste

«Je trouve qu'il donne une flamme, et dans une France où on est un peu dans la sinistrose, sa voix est sympathique», a par exemple affirmé Vincent Bolloré, patron du groupe éponyme. «Il a le mérite d'avoir remis l'industrie au centre des débats», confiait récemment Jérôme Franz, président de la Fédération des industries mécaniques (FIM). «Il a une vraie connaissance des sujets et une implication personnelle», ajoutait Philippe Goebel, son homologue de l'Union des industries chimiques (UIC).

Si Montebourg se rapproche de la ligne Hollande, le patronat sait qu’il est même prêt à aller plus loin, en particulier en matière d’énergie. Car si Montebourg croit à la révolution verte -il a défendu à plusieurs reprises la conversion écologique du système productif- il défend ardemment les gaz de schiste… Qui pourraient, d’après lui, relancer la croissance tricolore. Un point de vue peu partagé, à gauche.

Mi-mars, le journal L’Usine nouvelle signait même un éditorial tout à la faveur du ministre, le qualifiant de «meilleur d’entre tous»… Avec un tel soutien, l’écarter devenait tout simplement impensable. D’autant plus que, dès la nomination de Manuel Valls au poste de Premier ministre, Arnaud Montebourg lui a affiché un soutien sans faille. Sans jamais rappeler qu’en 2011, lors des primaires socialistes, il l’avait très largement devancé –Montebourg avait alors obtenu trois fois plus de voix que Valls.

Si Montebourg a la confiance de François Hollande, de Manuel Valls et des patrons, qu’en sera-t-il de Bruxelles? Partisan du non lors du référendum sur la constitution européenne, l’ex-trublion du PS attaque régulièrement l’Europe. «Jusqu’à présent, elle ne nous a pas vraiment aidés. Elle nous empêche plutôt de défendre notre économie», déclarait-il dans un entretien accordé à 20 Minutes au mois de septembre.