La France a manqué son objectif de déficit, c'est grave?

BUDGET Le déficit public a atteint 4,3% du PIB en 2013...

Céline Boff

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Le président François Hollande à Bruxelles, le 21 mars 2014
Le président François Hollande à Bruxelles, le 21 mars 2014 — Georges Gobet AFP

La promesse n’a pas été tenue. Le gouvernement s’était engagé à limiter en 2013 le déficit public de la France à 4,1% du produit intérieur brut (PIB), celui-ci a atteint au final 4,3%, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Autrement dit, les comptes de l’Etat, de la Sécurité sociale et des collectivités territoriales affichent un solde négatif de près de 90 milliards d’euros.

Comment expliquer ce nouveau dérapage? 

«Parce que la France et surtout les collectivités locales ont dépensé plus d’argent qu’elles ne l’avaient prévu», répond Jean-Paul Betbèze, chef économiste au Crédit agricole. Mais aussi en raison de rentrées fiscales plus faibles qu’espéré: «Trop d’impôt tue l’impôt… Nous faisons désormais l’expérience de cette idée», avance l’expert.

La nouvelle n’a pas surpris Bruxelles: «La Commission européenne avait déjà prévu dans ses prévisions d’hiver un déficit à 4,2% l’année passée», a déclaré Simon O’Connor, porte-parole du commissaire aux Affaires économiques Olli Rehn.

La situation est-elle grave?

Elle est à prendre au sérieux. La France a manqué son étape 2013, mais son véritable objectif, c’est d’atteindre 2,8% de déficit en 2015. Le pays doit donc trouver 25 milliards d’euros en deux ans.

Le gouvernement s’étant engagé à la pause fiscale, il ne peut plus venir piocher cet argent dans la poche des citoyens. Ni même dans celle des entreprises, puisqu’il leur a promis un allègement du coût du travail à travers le pacte de responsabilité.

La croissance étant encore faiblarde, le gouvernement n’a plus qu’une seule solution: tailler dans les dépenses, principalement dans celles des collectivités locales, mais aussi dans les dépenses sociales et notamment de santé. Ce qui passera forcément par des réformes structurelles. Bruxelles presse d’ailleurs la France de les engager.

Ça n’angoisse pas Jean-Paul Betbèze: «La France dépense chaque année plus de 1.000 milliards d’euros, économiser 25 milliards en deux ans est donc parfaitement faisable.»

Que peut faire le gouvernement? 

«Réduire les dépenses publiques et non pas se contenter de ralentir leur augmentation. Il veut s’engager dans cette voie mais sa stratégie, c’est d’avancer doucement pour ne pas provoquer une réaction trop violente chez les citoyens, mais aussi pour l’économie», analyse Jean-Paul Betbèze.

Il doit malgré tout avancer car Bruxelles le suit de près. Début mars, la Commission européenne a placé le pays sous une «surveillance renforcée», c’est-à-dire plus fréquente. Elle a surtout demandé à la France de lui présenter, d’ici fin avril, de nouvelles mesures pour rectifier le tir. Si Bruxelles n’est pas convaincue, elle pourrait passer à l’étape supérieure. Et même proposer une sanction financière, comprenez une amende.

Mais le plus gros risque vient comme toujours des marchés financiers, qui «pourraient être agacés par la volonté de la France d’agir progressivement», estime Jean-Paul Betbèze. Or, se les mettre à dos, c’est prendre le risque d’emprunter plus cher. Ce qui serait vraiment une catastrophe pour le pays, qui bénéficie pour l’heure de taux bas… Les intérêts versés par la France ont d’ailleurs reculé de 9% en 2013. Une vraie bonne nouvelle.