Après les délocalisations, la relocalisation?

ECONOMIE Les experts de la DGCIS (Direction générale de la compétitivité de l’industrie et des services) notent un mouvement de relocalisations qui, «sans être de grande ampleur peut être considéré comme prometteur»…

Romain Lescurieux

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Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg veut renforcer la relocalisation en France des productions industrielles, un mouvement encore minoritaire mais jugé prometteur et dont il veut faire "une cause nationale".
Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg veut renforcer la relocalisation en France des productions industrielles, un mouvement encore minoritaire mais jugé prometteur et dont il veut faire "une cause nationale". — Joel Saget AFP

Rossignol, Mauboussin, Solex… Ces entreprises françaises ont décidé ces derniers temps de relocaliser une partie de leur activité dans l’Hexagone, après une expérience dans un pays émergent. Ce phénomène prendrait «doucement» de l’importance.

La DGCIS (Direction générale de la compétitivité de l’industrie et des services) a noté en mars 2014 que ce mouvement de relocalisation «sans être de grande ampleur, peut-être considéré comme prometteur». En s’appuyant sur une trentaine d’entreprises dans ce cas, l’étude démontre notamment que la démarche ne se réduit pas à la question du coût de la main-d’œuvre. «Il y a le souhait d’améliorer la logistique et la qualité de leur production, bénéficier d’une meilleure image, notamment du Made in France», selon les experts.

Relocalisation en Bretagne

En janvier 2014, Del Ing, une entreprise d’éclairage, a relocalisé 70 % de sa production -basée depuis 2011 en Chine- à Lannion en Bretagne. Pour Yvan Camuset, directeur de la société, deux facteurs l’ont motivé: Les coûts et la qualité de production. «Le produit s’était dégradé au fur et à mesure et les coûts de transports plus les taxes douanières étaient chères», explique-t-il. Yvan Camuset reconnaît que la France ne peut pas concurrencer les coûts de la main-d’œuvre asiatique mais sa société «reste compétitive» dans l’Hexagone. Et ce, grâce notamment à la souplesse et à la proximité.

«Désormais, dans leurs stratégies de développement, les entreprises mènent des analyses plus globales de leur appareil de production, tenant compte des coûts totaux, et non des seuls coûts salariaux», commentent les experts de la DGCIS.

«On ne revient pas pour faire du Made in France»

Pour El Mouhoub Mouhoud, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine et co-auteur de l’étude «relocalisations d’activités industrielles en France», ce mouvement devient «sérieux». «Il y a régulièrement eu des vagues de relocalisation mais nous sommes actuellement face à un phénomène sensiblement plus important que d’habitude», affirme-t-il.

Selon lui, les cas de relocalisation touchent trois secteurs: l’industrie lourde, les biens de consommation et les services. «Les coûts de transport et salariaux en hausse, les problèmes de qualité, les défauts de fabrication sont les principales motivations au retour», ajoute-t-il. El Mouhoub Mouhoud tient toutefois à tempérer: «ça ne veut pas dire que tout le monde va revenir». Les barrières sont encore présentes.

«On ne revient pas pour faire du Made in France mais pour le produit», s’exclame Philippe Peyrard, directeur général d’Atol. Il y a dix ans, la société était l’une des pionnières de cette relocalisation en ramenant sa production de lunettes en France dans le Haut Jura. Satisfait de son retour dans l’hexagone, il regrette toutefois une véritable «casse industrielle» et un «coût de production encore trop lourd en France» pour qu’un vrai mouvement de relocalisation se développe.