Pourquoi le président chinois Xi Jinping vient-il en France?

DIPLOMATIE Le président chinois Xi Jinping arrive à Paris ce mardi, dans le cadre du 50e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Chine. L’occasion pour les deux pays d’initier un nouvel élan économique et commercial…

Romain Lescuieux
— 
Le président chinois Xi Jinping et sa femme Peng Liyuan arrivent à Amsterdam le 22 mars 2014
Le président chinois Xi Jinping et sa femme Peng Liyuan arrivent à Amsterdam le 22 mars 2014 — Peter Dejong POOL

Le président chinois Xi Jinping est arrivé samedi dernier en Europe pour une visite officielle de onze jours. Après un passage aux Pays-Bas ce week-end, il arrive ce mardi en France, en présence de 200 hommes d’affaires. Car si les deux pays célébreront le 50e anniversaire de la reconnaissance de la Chine populaire par le Général de Gaulle, cette visite d’Etat n’en reste pas moins économique.

En effet, le gouvernement chinois évoque depuis quelque temps des accords sur les technologies, l’industrie, l’aéronautique, l’énergie ou encore l’urbanisation avec certains pays européens. La France attend donc de pied ferme les entreprises et investisseurs de l’Empire du milieu. «C’est un rendez-vous très important. Nous voulons rééquilibrer notre relation commerciale avec la Chine après une baisse de 2 % de nos échanges en 2013 pour la première fois depuis cinq ans», explique Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur. Dans ce contexte l’enjeu est double: attirer et s’exporter. Car si la Chine est actuellement le deuxième fournisseur de la France, l’hexagone arrive en 19e position des fournisseurs de la Chine.

Rééquilibrer les investissements

Aux yeux des investisseurs chinois, le territoire français paraît toutefois moins attractif que l’Allemagne ou le Royaume-Uni. «Le système industriel français s’est affaibli ces dernières années, entraînant une perte de compétitivité», explique Michel Aglietta, professeur de sciences économiques à Paris X Nanterre et conseiller scientifique au Cepii (Centre d’études prospectives et d’informations internationales). Le gouvernement espère donc attirer les investisseurs sur le territoire pour inverser la tendance.

«Il faut rééquilibrer les investissements chinois encore trop peu nombreux en France. L’économie chinoise commence à s’internationaliser et il faut capter ces investissements», note Nicole Bricq. Selon les chiffres du ministère, les stocks d’investissement français en Chine représentent plus de 16 milliards, contre 3,5 milliards de stocks d’investissement chinois en France.

A cette occasion, un grand forum économique est organisé le 27 mars à Bercy, en présence de 300 entreprises chinoises et du ministre chinois du commerce. Cinquante contrats y seront signés. La veille, le partenariat entre DongFeng et PSA dans l’automobile sera officiellement scellé. Des accords en matière aéronautique et nucléaire sont aussi attendus (voir encadré). Mais le gouvernement veut également s’imposer sur place.

«La Chine a des besoins qui correspondent à l’offre de la France»

«Nous avons raté la première étape de la mondialisation chinoise dans les années 90 mais désormais la Chine a des besoins qui correspondent à l’offre française», ajouter la ministre. Ainsi, un accord va être signé mercredi à l’Élysée pour le lancement d’un écoquartier français à Shenyang. En effet, en plus du nucléaire et de l’aéronautique, la France compte sur son «savoir-faire français» pour séduire. Un constat partagé par Michel Aglietta: «La Chine va avoir besoin de technologies nouvelles en matière d’urbanisation et d’adaptation à l’environnement. La France peut jouer un rôle important dans les prochaines années dans ce domaine qu’elle maîtrise».

La ministre du Commerce extérieur attend beaucoup de ce rendez-vous et se dit confiante. «Les signaux ont été envoyés des deux côtés. Plusieurs mesures ont été prises récemment pour relancer la dynamique», explique-t-elle. Notamment la clôture officielle de l’enquête anti-dumping par Pékin qui visait depuis juillet 2013 les exportateurs de vins européens. Enfin, la France de son côté a annoncé fin janvier que les visas seraient délivrés aux Chinois en 48 heures.

Au programme

Pour son premier déplacement officiel en France, Xi Jinping se rend à Lyon, où il visitera le centre de recherche bioMérieux et l'Institut franco-chinois. Puis à Paris, où il rencontrera François Hollande, Jean-Marc Ayrault et les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat, Claude Bartolone et Jean-Pierre Bel. Le lendemain, Pierre Moscovici, Ministre de l’Économie et des Finances et Nicole Bricq,  Ministre du Commerce extérieur, organisent  à Bercy, en partenariat avec le Comité France Chine, un Forum économique au cours duquel seront signés 50 contrats.