Tourisme: Comment la France s'adapte à ses visiteurs chinois

TOURISME Le nombre de visiteurs chinois dans l’Hexagone a été multiplié par deux depuis 2009. Des séjours millimétrés qui passent par la Bourgogne et s’achèvent dans les magasins de luxe de la capitale…

Romain Lescurieux

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Un Chinois fait une dégustation de vin au salon du vin méditerranéen à Shanghai, le 27 février 2013
Un Chinois fait une dégustation de vin au salon du vin méditerranéen à Shanghai, le 27 février 2013 — Peter Parks AFP

Et moi, et moi, et moi. Près de 100 millions de touristes chinois ont voyagé à l’étranger en 2013. L’an dernier, la France en a accueilli 1,2 million contre 550.000 en 2009, selon Atout France. Grâce à la croissance économique rapide du pays et à l’ouverture vers l’international, les Chinois voyagent désormais massivement en Europe. Selon l’agence, l’Hexagone est même leur première destination.

Mais quand ils voyagent, c’est sans l’aide des services touristiques locaux. «Les tour-opérateurs chinois gèrent tout le déroulement des séjours à l’étranger», explique Gang Shen, directeur général de l’office national du tourisme de Chine, présent au Mondial du Tourisme 2014. Bus, hôtels, visites, shopping, tout est calibré. Après leur séjour en Italie ou en Suisse, ils remontent vers Paris en faisant une halte express en Bourgogne.

«Nous avons été obligés de nous adapter»

«Ils arrivent à 19h et repartent le lendemain avant 12h», décrit Régine Lorrain, assistante de direction d’un hôtel à Nuits-Saint-Georges. Dans les allées du Mondial, lorsque la Chine est évoquée, les sourires en coin s’affichent sur les stands bourguignons.

«En basse saison, mon activité se fait essentiellement avec les touristes chinois», poursuit-elle. En moyenne, elle accueille dans son établissement un groupe de 45 personnes par semaine. «Mais nous pourrions avoir deux groupes tous les jours», assure Régine Lorrain qui traite avec des intermédiaires mais jamais directement avec les tour-opérateurs chinois. Malgré une bonne activité, elle n’en reste pas moins, mi-figue-mi raisin.

«Ils ne consomment rien et ne visitent pas la ville. Ils veulent juste le Wi-fi et de l’eau chaude», déplore-t-elle. Régine Lorrain dit même s’être adaptée face à cette affluence qui date de moins de trois ans: «Nous avons deux bâtiments, nous en avons réservé un pour les touristes chinois et le second pour les autres touristes. Les deux populations ne pouvaient plus cohabiter».

«90 % du budget est réservé au shopping»

Louvre, Champs-Elysées, grands magasins, après la Bourgogne direction Paris. S’ils viennent pour des visites culturelles, leurs activités dans la capitale se concentrent principalement sur les emplettes. «90 % de leur budget est réservé au shopping», affirme dans le Figaro Eric Noyal, vice-président chez Global Blue France. Les groupes Printemps et Galeries Lafayette l’ont bien compris, où des dizaines d’employés aident les touristes chinois parmi les enseignes de luxe. Et cet accompagnement ne devrait pas s’arrêter là.

Une étude du Boston Consulting Group (BCG) publiée en décembre dernier, affirme que les dépenses des voyageurs chinois s’élèveront à 1.800 milliards de dollars en 2030, contre 260 milliards actuellement. L’enjeu est donc de taille et les opérations séductions se multiplient.

Des visas désormais délivrés en 48 heures

Atout France va lancer prochainement en Chine une grande campagne de promotion afin d’attirer davantage de touristes chinois, a indiqué mardi 18 mars Frédéric Mazenq, directeur général d’Atout France pour la Chine lors d’une conférence de presse à Pékin. Une annonce qui fait échos à une autre mesure significative.

Depuis le 27 janvier 2014, la France délivre des visas en 48 heures pour les Chinois. Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères, a annoncé cette mesure le 13 janvier, à l’occasion du 50e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays. Si 1,8 million de voyageurs sont attendus cette année 2014 selon les prévisions, le Quai d’Orsay espère grâce à cette décision passer au plus vite le cap des 3 millions.