Assurance chômage: Le patronat lâche du lest pour tenter d'arracher un accord aux syndicats

NÉGOCIATIONS En fin de matinée, les syndicats se sont isolés pour étudier dans le détail le nouveau projet d'accord du Medef sur l'indemnisation des chômeurs...

B.D. avec AFP

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Le logo de Pole emploi sur un formulaire d'inscription.
Le logo de Pole emploi sur un formulaire d'inscription. — Fred Tanneau AFP

Le patronat a lâché un peu de lest ce vendredi sur plusieurs de ses revendications, lors de l'ultime séance de négociations sur l'assurance chômage, pour tenter de rallier des syndicats très remontés contre ses velléités d'économies «sur le dos» des 2,2 millions de chômeurs indemnisés. En fin de matinée, les syndicats se sont isolés pour étudier dans le détail le nouveau projet d'accord du Medef sur l'indemnisation des chômeurs, version adoucie par rapport à sa copie de la veille qu'ils avaient unanimement jugée irrecevable.

Dès leur arrivée au Medef, où se tiennent les négociations, les syndicats avaient brandi la menace d'un échec. Le gouvernement, qui n'est pas censé participer aux débats, s'est mis de la partie, appelant les partenaires sociaux à «prendre leurs responsabilités» pour «arriver à un accord» dans la journée. «Je l'espère et je leur demande de le faire», a lancé le ministre du Travail Michel Sapin.

Les syndicats ont tous accusé le patronat (Medef, CGPME, UPA) de s'arc-bouter sur la réduction des déficits de l'Unédic (4 milliards d'euros fin 2013), au détriment des chômeurs et sans demander d'efforts aux entreprises. D'après certains négociateurs, le Medef réclamerait «jusqu'à un milliard» d'économies sur les droits des chômeurs. «On est très pessimiste» sur l'éventualité d'un accord, a lancé à son arrivée la négociatrice de la CFDT, Véronique Descacq, tout en jugeant qu'«un échec serait consternant».

Rapprocher les positions

Eric Aubin, de la CGT, ne veut pas que le patronat fasse encore «payer la casse aux demandeurs d'emploi». Le syndicat voudrait notamment taxer les contrats courts, responsables à ses yeux du trou de l'Unédic. «S'il n'y pas d'accord, il faudra que l'Etat [qui doit in fine ratifier la nouvelle convention] prenne ses responsabilités», a-t-il prévenu.

Pour rapprocher les positions, le Medef a notamment consenti à faire une exception pour les seniors, qui ne seraient concernés qu'au bout de 19 mois par une mesure très polémique: la division par deux du plafond d'indemnisation (7.184 euros brut) des demandeurs d'emploi au bout d'un an de chômage.

Pour faire des économies, le patronat préconise aussi l'allongement du délai de carence (aujourd'hui plafonné à 75 jours) pendant lequel les salariés qui touchent un gros chèque d'indemnité de départ ne peuvent percevoir d'allocation chômage. Sous la pression des syndicats, il a toutefois accepté de mettre une limite supérieure à ce délai, fixant la barre à 200 jours.

Le patronat a fait également un geste sur les «droits rechargeables», en proposant une formule de calcul plus favorable aux demandeurs d'emplois. Ce nouveau système doit permettre aux chômeurs de conserver l'ensemble de leurs droits à indemnisation, en cas de reprise d'emploi.

Les intermittents quittent l'Opéra

En revanche, le nouveau projet d'accord prévoit toujours de repousser de 50 à 52 ans l'âge à partir duquel les demandeurs d'emploi peuvent bénéficier de conditions d'indemnisation plus favorables. Les plus de 65 ans, jusqu'ici exonérés de cotisations sociales, sont aussi appelés à mettre au pot.

La simplification du système d'«activité réduite», qui permet à plus d'un million de chômeurs de cumuler petits boulots et allocations, reste également à l'ordre du jour. Jugé trop complexe, ce système génère aujourd'hui beaucoup de "trop perçus" que les chômeurs doivent ensuite rembourser.

Sur le dossier des intermittents (112.000 indemnisés par l'assurance chômage), les employeurs avaient fait une concession dès jeudi, en abandonnant l'idée de supprimer leur régime spécifique. Mais ils réclament désormais un plafonnement immédiat de l'allocation à 3.129 euros brut mensuels maximum, une hausse des cotisations des intermittents et de leurs employeurs et l'ouverture de discussions avec l'Etat en vue d'une réforme de plus grande ampleur.

Malgré le recul du Medef, les intermittents, qui ont manifesté en nombre jeudi, se disaient toujours mobilisés vendredi. Ils ont toutefois quitté l'Opéra Garnier, occupé depuis la veille. Confrontés à un chômage record (3,31 millions de demandeurs d'emploi sans activité fin janvier), les partenaires sociaux ont jusqu'au 31 mars pour définir une nouvelle convention Unédic, mais ils peuvent décider de proroger l'actuelle.