Suicides à Orange: «Cette annonce est préoccupante»

INTERVIEW Le professeur émérite Michel Debout, expert des questions de risques psychosociaux et de violences au travail, analyse la situation…

Bertrand de Volontat

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L'enseigne de l'opérateur téléphonique Orange
L'enseigne de l'opérateur téléphonique Orange — Philippe Huguen AFP

Ce mercredi, la confirmation de dix suicides chez Orange (ex-France Télécom) depuis le début de l’année a immédiatement fait réagir la ministre Marisol Touraine, qui a invité l’entreprise à réagir en prenant «les mesures nécessaires».

Dix salariés d’Orange ont mis fin à leur jour depuis le 1er janvier 2014, soit «presque autant qu’au cours de toute l’année 2013», a annoncé mardi l’Observatoire du stress et des mobilités forcées. Ce dernier a été créé par des syndicats de France Télécom (CFE-CGC et SUD) peu avant le début de la vague de suicides qui avait frappé le groupe en 2008-2009.

La majorité de ces suicides «ont une relation explicite au travail», selon l’Observatoire. «On retrouve dans l’entreprise d’aujourd’hui les facteurs structurels de la crise 2007-2009, dont l’une des manifestations, la plus grave, est la remontée rapide des suicides». Le professeur émérite de médecine générale et psychanalyste Michel Debout, membre de l’Observatoire, livre son analyse à 20 Minutes.

Orange paie-t-il son image des années 2007-2009 ou y a-t-il une véritable accélération des suicides?

Cette annonce est préoccupante. En trois mois, le nombre de suicides est déjà équivalent à celui de 2013, cela doit alerter. Ce chiffre est d’autant plus inquiétant que la comparaison est faite en interne à Orange et non par rapport au nombre de suicides dans une autre entreprise. Mais nous ne pouvons pas tirer des conclusions sur l’aggravation de la situation. D’une année sur l’autre, il y a un principe de non-fixité des suicides [en d’autres termes, comptabiliser les suicides en termes d’années civiles est artificiel]. Il est trop tôt pour comprendre, c’est un temps de grande émotion réservé aux proches des victimes et aux salariés. Il faut respecter l’onde de choc.

Faut-il imputer ces suicides à un problème de climat d’entreprise ou à un problème d’organisation?

Le suicide en entreprise a des motifs précis et il ne faut pas se précipiter. Le suicide n’a peut-être pas été commis au bureau ou pour des raisons professionnelles. Il faut faire une lecture de se qui se passait dans l’entreprise pour cette personne à ce moment précis: un changement de poste, un burn-out… Mais il n’est pas question de se prononcer sur une question de responsabilité de l’entreprise. Je me félicite de la mise en place de l’observatoire pour des entreprises comme Orange mais il n’y a pas qu’eux. Combien de chômeurs se sont suicidés depuis trois mois?

Comment Orange doit-il réagir pour enrayer une situation qui ne cesse de se répéter?

Orange doit prendre des mesures auprès de ses salariés et surtout comprendre pourquoi la situation continue alors que l’entreprise a déjà pris des mesures après la vague de suicides des années 2009. Ces dernières années, Orange a été confrontée à une forte concurrence sur le marché de la téléphonie mobile et le quotidien des salariés est peut-être une expression de la pression ressentie. Il faut se soucier de l’effet humain de la crise. Il faudrait plus de réactivité de la part de l’observatoire et de possibilités de recours.