Numericable-SFR: Altice veut rassurer à tout prix

TELECOMS Le dirigeant du groupe, Patrick Darehi, a tenu lundi une conférence de presse à Paris pour lever les inquiétudes sur son projet de rachat…

Claire Planchard

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Eric Denoyer, patron de Numéricable et Patrick Drahi, le patron d'Altice, lors d'une conférence de presse à Paris, le 17 mars 2014
Eric Denoyer, patron de Numéricable et Patrick Drahi, le patron d'Altice, lors d'une conférence de presse à Paris, le 17 mars 2014 — WITT/SIPA

Patron énigmatique, financement périlleux, opacité de l’offre: le projet de mariage de SFR et Numericable accéléré vendredi par l’ouverture de négociations exclusives entre Vivendi et Altice suscite beaucoup d’interrogations, voire de suspicions, chez ses détracteurs, Bouygues et le Bercy en tête, mais aussi chez les salariés. Des soupçons que le PDG d’Altice, Patrick Drahi, a tenté de dissiper ce lundi devant la presse.

Investissement et emploi

Côté financement d’abord, le «pape» du LBO (l’achat par la dette) qui a bâti son empire en multipliant en quelques années les fusions-acquisitions au prix d’une dette de 7 milliards d’euros a donné des gages de sérieux. «Ce mariage, on y a travaillé dans un esprit de croissance. L’investissement, c’est ce que nous faisons partout dans le monde, il n’y a pas une entreprise que j’ai rachetée où je n’ai augmenté les investissements de 50 %», s’est défendu le patron de la holding qui a indiqué viser «à moyen terme» un milliard d’euros de synergies pour le nouvel ensemble, «2 à 5 % de croissance annuelle du chiffre d’affaires» et une marge opérationnelle de 40 %.

Une réponse directe au ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, fervent soutien du projet de rachat concurrent de Bouygues: «Ce que nous craignons c’est le surendettement […]: vous achetez à crédit, et si le marché se retourne […] ce sont ensuite les entreprises qui tombent et licencient leur personnel», expliquait-il vendredi. Même soupçons dans l’entourage du groupe Bouygues: «Avec 17 milliards d’euros de dette, Altice est clairement dans la catégorie des investisseurs spéculatifs», confiait une source proche du dossier.

Faux? répond donc Altice. Et à ceux qui, à l’instar du patron de Free Xavier Niel, rappellent à l’envi les restructurations musclées menées au sein de ses précédentes acquisitions, Noos en tête (790 emplois supprimés sur 1.350 en 2006), Patrick Drahi a répété lundi qu’il n’y aurait «aucun impact social négatif» chez SFR-Numericable. Le patron, qui avait pris l’engagement par écrit mercredi de graver le maintien de l’emploi dans le marbre de ses accords de licence, a même évoqué «la possibilité de créer des emplois supplémentaires», de l’ordre de 350 commerciaux chez SFR sur le segment «entreprise», et exclut toute réduction du réseau de 800 boutiques.

«Engagements écrits»

Enfin, ce milliardaire franco-israélien a voulu clore la polémique sur sa résidence fiscale en Suisse et sa holding implantée au Luxembourg et cotée à Amsterdam. Pressé par Bercy de rapatrier ses avoirs dans l’Hexagone, Patrick Drahi a préféré donner des gages de patriotisme économique: «Je vais déjà investir trois milliards d’euros en France, c’est un rapatriement massif, si tous les investisseurs qui investissent en France rapatrient leurs capitaux en France, je fais pareil qu’eux, demain matin», a-t-il déclaré, tout sourire, soulignant que «le nouveau groupe Numericable-SFR restera domicilié à Paris et coté à la Bourse de Paris

«Ces engagements sont intéressants. Mais au-delà des messages que passe M. Drahi, ce qui compte c’est de voir dans quelles conditions on peut les formaliser dans des accords d’entreprise», réagissait lundi avec prudence Vanessa Jereb, déléguée syndicale centrale Unsa chez SFR, au sortir d’une réunion de l’intersyndicale à Bercy avec Fleur Pellerin. «Au-delà de l’opération de com’, on veut vérifier la sincérité de ces engagements et le meilleur moyen de le faire c’est de nous rencontrer au plus vite pour les écrire dans un texte», résumait Damien Bornerand, le délégué central CGT.