Les «mines urbaines», le nouvel eldorado?

Céline Boff
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Recyclage de téléphones portables à Eindhoven, aux Pays-Bas.
Recyclage de téléphones portables à Eindhoven, aux Pays-Bas. — CLOSON/ISOPIX/SIPA

Machine à laver, réfrigérateur, ordinateur, grille-pain, perceuse, téléphone portable, fer à repasser… D’après les statistiques, vous avez chez vous 65 de ces appareils électriques et électroniques. Et vous en jetez environ 20kg par an.

Si vous les déposez dans les circuits adéquats, ces équipements seront recyclés. «Aujourd’hui, les entreprises spécialisées parviennent à valoriser de 78% à 85% des matériaux d’un appareil», avance Christian Brabant, directeur général d’Eco-systèmes, l’organisme chargé de la collecte et du recyclage des déchets d’équipements électriques et électroniques. Ces professionnels récupèrent notamment l’acier, le cuivre ou encore l’aluminium pour les revendre aux fabricants.

Des métaux rares encore peu exploités

Mais certains composants, pourtant très demandés, sont encore peu exploités. C’est le cas des métaux stratégiques et des terres rares, tel l’indium, que l’on retrouve dans les écrans plats, ou encore du dysprosium et du néodyme, présents dans les disques durs.

Comme le détaille Christian Brabant, «ces métaux sont devenus indispensables à notre quotidien et ils sont très concentrés dans les déchets d’équipements électriques et électroniques, qui constituent donc de vraies "mines urbaines"». Et ces mines urbaines sont potentiellement bien plus fécondes que les mines traditionnelles: elles peuvent renfermer des gisements de métaux précieux 40 à 50 fois plus riches que ceux extraits du sol.

Le hic, c’est que les technologies actuelles ne permettent pas de les récupérer, ou alors à un coût encore trop élevé pour être économiquement viable. D’où la nécessité de développer des programmes de recherche, comme le partenariat qu’Eco-systèmes vient de nouer avec ParisTech, l’Institut des sciences et technologies de Paris.

Un enjeu en termes d’emplois

Pendant cinq ans, les écoles de cet établissement vont plancher sur les problématiques d’extraction mais aussi sur les comportements des consommateurs. «Nous devons par exemple les inciter à nous donner leurs vieux téléphones mobiles. Ce sont des gisements très riches et la plupart du temps, ils dorment dans des tiroirs», se désole Christian Brabant. «Pour réaliser une seule bague en or, il faut extraire 2,5 tonnes de minerais…oOu bien récupérer l’or présent dans 500 téléphones mobiles.»

Alors que le gouvernement souhaite relancer l’activité minière en France, ne devrait-il pas plutôt se concentrer sur ces «mines urbaines»? «Il ne s’agit pas de les opposer, il est capital d’investir dans les deux types de mines, les traditionnelles et les urbaines», répond Christian Brabant. «Il en va de l’indépendance du pays, qui s’approvisionne pour l’heure à l’étranger, mais l’enjeu est aussi réel en termes d’emploi. Pour préserver la production en France, il faut s’assurer que les industriels aient accès à des ressources de qualité et à prix acceptables à proximité de leurs sites.»