Pourquoi Free a besoin des antennes de Bouygues

Céline Boff

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La devanture d'un magasin Free à Rouen.
La devanture d'un magasin Free à Rouen. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Si Bouygues parvient à s’offrir SFR –il se le dispute avec Numericable- il ne sera pas le seul à fêter l’événement. Free sablera aussi le champagne. Car la filiale d’Iliad pourra du coup racheter à Bouygues son réseau mobile –soit 15.000 antennes– et plusieurs de ses fréquences 2G, 3G et 4G pour une somme pouvant atteindre jusqu’à 1,8 milliard d’euros.

Pour l’opérateur trublion, ce serait un sacré coup. D’abord financièrement: la vente ne semble pas surévaluée, puisque l’installation d’une antenne dans une zone moyennement peuplée coûte environ 100.000 euros. Mais l’avantage serait surtout le gain de temps, comme le souligne Jean-Michel Huet, directeur associé du cabinet BearingPoint Management & Technology Consultants: «Si Free avait dû construire ce réseau lui-même, cela lui aurait pris des années.»

90% de la population serait couverte en 2016

«Contrairement à ce que disent certains, nous déployons déjà des antennes. Nous couvrions, fin décembre, plus de 60% de la population française et nous atteindrons les 75% fin 2014», lance Xavier Niel. Mais avec l’accord Bouygues, Free Mobile passerait de 5.000 à 20.000 antennes. Il pourrait basculer ses premiers clients sur son propre réseau dès janvier 2015 et couvrirait plus de 90% du territoire d’ici à l’été 2016. Soit avec deux ans d’avance sur ses engagements.

«Cette évolution aurait un impact direct sur les recrutements de nouveaux clients», estime Xavier Niel. «Si je dresse un parallèle avec la téléphonie fixe, nous avons des résultats bien meilleurs dans les villes entièrement dégroupées.» Rappelons qu’Iliad s’est imposé en 2013 et pour la troisième année consécutive comme le premier recruteur de nouveaux clients sur le fixe et le mobile. En trois ans, le groupe a réussi à tripler son nombre d’abonnés.

Mais du coup, que deviendrait le contrat d’itinérance qui le lie avec Orange jusqu’en décembre 2017? Pour l’instant, quand il n’y a pas d’antenne Free, les abonnés du groupe Iliad peuvent se connecter sur les antennes d’Orange. Cette location, qui rapporte gros au leader français des télécoms, n’aurait plus de sens pour Free dès 2016. Xavier Niel n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

Il s’est montré en revanche moins vague sur l’accord de mutualisation des réseaux signé par Bouygues et SFR: «Je ne sais pas ce qu’il en adviendra, mais je pense qu’il est sain d’avoir trois réseaux distincts et nous aimerions bien développer et exploiter le nôtre.»

Pas de risque de hausse des prix pour Niel

Si un rachat de SFR par Numericable ferait aussi les affaires d’Iliad, Xavier Niel «pense vraiment que le meilleur scénario pour Free, mais surtout pour les consommateurs, est un rachat de SFR par Bouygues. Car nous serions alors confrontés à deux gros acteurs et cela nous permettrait d’être innovants, imaginatifs et agressifs. Nous avons toujours été l’animateur de la concurrence et nous n’avons pas l’intention d’arrêter».

Le patron ne voit pas le risque de la hausse des prix, pourtant réelle en Autriche, après qu’un opérateur a été absorbé par un autre: «Là-bas, les acteurs sont déficitaires depuis toujours, ce n’est pas le cas en France. Nous, nous ne cherchons pas à réaliser des marges, nous le faisons déjà», argue-t-il. Dans un marché déprimé, Iliad a en effet réalisé en 2013 un chiffre d’affaires en hausse de 19% (3,7 milliard d’euros) mais surtout, un bénéfice de 265 millions d’euros (+42%) et une rentabilité de 1,2 milliard d’euros (+31%).