Rachat de SFR: «Trois opérateurs, c'est le bon chiffre»

Propos recueillis par Céline Boff

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Logo de boutique SFR et Orange.
Logo de boutique SFR et Orange. — JAUBERT/SIPA

Deux ans après avoir accueilli Free, le marché des télécoms français s’apprête à repasser à trois acteurs. Car Vivendi veut céder sa filiale SFR, que Bouygues et Numericable se disputent désormais. Comment expliquer ce nouveau bouleversement? 20 Minutes fait le point avec Jean-Michel Huet, directeur associé du cabinet BearingPoint Management & Technology Consultants.

Le marché des télécoms a-t-il vraiment besoin d’une telle réorganisation?

Oui. L’arrivée de Free a fait baisser les prix. C’est un mouvement positif pour le consommateur, mais cette évolution limite les capacités d’investissement des opérateurs. Or ces derniers doivent débourser des milliards d’euros pour améliorer leurs réseaux et leurs services. Je vous rappelle que le nombre d’utilisateurs de contenus en ligne (vidéos, journaux, etc.) ne cesse de progresser.

Regardez ce qu’il s’est passé au Kenya et en Ouganda. L’arrivée d’un nouvel opérateur –un groupe indien- sur ces marchés a fait baisser les prix drastiquement. Mais à tel point que rapidement, les opérateurs –l’Indien y compris- n’ont plus eu suffisamment d’argent pour développer le réseau 3G –ils en sont encore à la 2G. Résultat: les consommateurs, qui étaient ravis dans un premier temps, le sont nettement moins à présent.

Le secteur ne doit-il pas se consolider au niveau européen?

Pourquoi pas, mais le marché doit d’abord se réorganiser au niveau national. D’autant plus que la France est un cas particulier: c’est l’unique grand pays d’Europe où un seul opérateur –à savoir Orange- est une multinationale. Les trois autres acteurs sont en effet franco-français. En Espagne par exemple, les trois opérateurs sont tous présents à l’international (Orange, Telefonica et Vodafone). Ce qui amortit le coût de leurs investissements et permet aux Espagnols de bénéficier de davantage d’innovations sur certaines applications.

Numericable et Bouygues veulent tous deux mettre la main sur SFR. Quelle est la meilleure offre pour les consommateurs?

Le pire scénario serait une reprise par des financiers. Ce qui n’est pas le cas de ces deux offres, qui sont vraiment bonnes, car elles offrent une vraie logique de développement industriel. Ceci dit, la nouvelle serait encore meilleure si Bouygues l’emporte, en termes de qualité et d’impact social –on parle quand même de 20.000 emplois entre SFR et Bouygues.

Quid des tarifs? Vont-ils augmenter ou au contraire baisser?

Il est trop tôt pour le dire. Une chose est sûre: il n’y aura pas d’impact à court terme. Autrement dit, aucun changement de prix en 2014.

Quand ce dossier sera bouclé, vous attendez-vous à de nouveaux mouvements dans le secteur des télécoms en France?

Il y en aura toujours, mais les bouleversements ne seront sans doute pas aussi majeurs. Surtout si le rachat de SFR par Bouygues aboutit. Car nous ne pouvons pas descendre à deux opérateurs. Quatre, c’était trop. Trois, c’est définitivement le bon chiffre.