Les chiffres de la CGT sur les coupures d'énergie font débat

ENERGIE Selon le syndicat, 600.000 ménages seraient menacés de coupure d'énergie à partir du 15 mars...

Delphine Bancaud

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Un compteur électrique
Un compteur électrique — Damien Meyer AFP

Une échéance redoutée par les plus précaires. Samedi 15 mars sonne la fin de la trêve hivernale des coupures d’énergie. Mise en œuvre par la loi «Brottes» en avril 2013, elle permet aux consommateurs ayant des factures impayées d’électricité et de gaz de continuer à se chauffer et à s’éclairer pendant l’hiver.

Or, selon le CGT, 600.000 ménages seraient menacés de coupure d’énergie à partir de samedi. «On estime que huit millions de personnes sont en situation de précarité en France et que plus d’un demi-million de points de comptage vont être coupés du jour au lendemain», indique ainsi Laurent Langlard, porte-parole de la fédération mine-énergie CGT «Cinq mois sans coupure, ça correspond globalement à un volume de 600.000 ménages», poursuit-il.

Selon le syndicat, beaucoup de foyers risquent par ailleurs, en raison de leur consommation pendant l’hiver, de voir «aggravée de façon très conséquente une facture qu’ils n’avaient déjà pas les moyens de payer», celle-ci se basant sur le relevé ou l’estimation de leur consommation.

EDF conteste les chiffres
 

Des informations mises en doute par certains fournisseurs d’énergie. Contacté par 20 Minutes, EDF juge ainsi excessif le chiffre de 600.000 ménages menacés par des coupures d’énergie. L’entreprise précise tout d’abord qu’à partir du 15 mars, les dossiers d’impayés vont être de nouveau analysés, mais que «tous ne donneront pas lieu à une coupure d’électricité». De plus, selon EDF, «les coupures d’électricité n’arrivent qu’en toute fin de parcours, après plusieurs relances». Le fournisseur d’énergie précise qu’en moyenne, chaque dossier d’impayés fait l’objet de quatre relances: deux courriers, un ou deux appels ou SMS.

«En outre, il ne s’agit jamais d’une décision ferme. Car si, le jour où l’agent ERDF intervient au domicile pour effectuer la coupure, le client prouve qu’il peut procéder au paiement, la démarche est stoppée», précise l’entreprise. Par ailleurs, si le client n’est pas présent à son domicile ce jour-là, l’agent ERDF n’effectue pas une coupure d’électricité, mais procède à une réduction de puissance. Enfin, EDF précise que la trêve hivernale des coupures d’énergie a été prolongée jusqu’au 31 mars pour les bénéficiaires des tarifs sociaux de l’énergie.

Les doutes du médiateur de l’énergie
 

Le médiateur national de l’énergie, autorité indépendante chargée de protéger les consommateurs, se montre également sceptique à l’égard des chiffres avancés par la CGT. «Le chiffre que j’avais entendu la semaine dernière parlait de 250.000 foyers menacés de coupure à la fin de la trêve hivernale. Ce qui serait en cohérence avec ce qui s’est passé l’an dernier», explique ainsi, Jean Gaubert, médiateur national de l’énergie, joint par 20 Minutes. D’autant que dans son rapport d’activité 2012, il notait que près de 580.000 foyers avaient été privés d’électricité et de gaz pour cause d’impayés sur l’année.

«Si le chiffre avancé par la CGT est vrai, cela témoignerait d’une très forte augmentation de la précarité en France, même si quelques rares personnes ont pu profiter de la trêve pour différer le paiement de leurs factures d’énergie», souligne-t-il.

Puisque la trêve hivernale généralisée pour les coupures d’énergie a été mise en place pour la première fois entre le 1er novembre 2013 et le 15 mars 2014, le médiateur estime qu’il «faudra comparer les coupures qui ont eu lieu entre le 1er octobre et le 31 mai sur deux ans, afin d’observer si leur nombre a vraiment augmenté».