Rachat de SFR par Bouygues qui cède son réseau à Free: Quel impact sur les consommateurs?

TELECOMS Le retour à trois opérateurs est-il dangereux pour les abonnés français?…

Bertrand de Volontat

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Le patron de Free, Xavier Niel, a délivré mercredi un message d'encouragement aux députés socialistes, qu'il a estimé "sur la bonne voie" avec les entreprises.
Le patron de Free, Xavier Niel, a délivré mercredi un message d'encouragement aux députés socialistes, qu'il a estimé "sur la bonne voie" avec les entreprises. — Lionel Bonaventure AFP

Assiste-t-on à la renaissance d'un petit jeu à trois dans le mobile hexagonal? Deux ans après avoir accueilli un quatrième opérateur, le marché de télécoms français s’apprête à repasser à trois acteurs. Dans l’hypothèse où Bouygues rachèterait SFR à Vivendi, un rachat qu’il se dispute avec Numéricâble, le groupe de BTP cèderait «un portefeuille de fréquences 2G/3G/4G et son réseau de téléphonie mobile pour un montant pouvant aller jusqu'à 1,8 milliards d'euros» à son concurrent Free (Iliad). Selon le JDD, «Bouygues Telecom va vendre son réseau de 15.000 antennes».

Un accord de négociations exclusives, confirmé par Free, pour faciliter le mariage de Bouygues avec SFR, notamment auprès de l’autorité de la concurrence. Une aubaine pour Free, dont le réseau de relais est peu développé et qui s'appuie pour la 3G sur un contrat d'itinérance avec Orange, mais pas pour la 4G. Les abonnés des opérateurs vont-ils en souffrir de ce remodelage du marché?

Revenir à trois, c’est dangereux? Orange a aujourd'hui 27 millions de clients mobiles, SFR en a 21, Bouygues Telecom 11 et Free 7,4. «Si on revient à trois, on est plus fort que si on subsiste à quatre» a déclaré Arnaud Montebourg. Le ministre du Redressement productif, interrogé sur les offres présentées pour le rachat de SFR, affiche sa préférence pour celle Bouygues. «La concurrence par la destruction s'arrêtera si nous revenons à trois opérateurs mobile tout en maintenant des prix bas. Elle ne s'arrêtera pas si Numéricâble conquiert SFR puisque la concurrence restera à quatre dans le mobile. Et au final, soit Free soit Bouygues, sera à ramasser à la petite cuillère avec des milliers d'emplois perdus», a-t-il expliqué.

François Carlier, délégué général de l'association de consommateurs CLCV, interrogé par 20 Minutes, se dit inquiet.«Longtemps le secteur n’a abrité que trois acteurs et cela a  conduit sur une condamnation historique de 534 millions d’euros d’amende pour entente illicite, en 2005. Cela a servi de révélateur au fait que les prix étaient trop élevés, donnant naissance à la quatrième licence, l’arrivée de Free Mobile et l’impact sur nos forfaits.» Iliad, ce dimanche, se veut rassurant pour ses abonnés. «Dans une configuration de marché revenu à trois acteurs, cette opération permettrait à Free d'accélérer sa dynamique commerciale ambitieuse au bénéfice du consommateur dans un contexte de concurrence par les infrastructures en renforçant considérablement son autonomie».

La guerre des prix, c’est fini? «Il y a un risque à terme, de voir remonter des prix, affirme François Carlier. Sans revenir à la situation d’il y a dix ans, car les Français ont maintenant conscience de la valeur de leurs forfaits, les opérateurs feront payer les innovations à leurs abonnés, sur la 4G et la 5G, d’ici quelques temps.» Une position fermement contestée. «C'est l'épouvantail traditionnel qu'agitent les associations de consommateurs pour contester les mouvements de consolidation dans un secteur. Nous avons une étude qui montre qu'il n'y a pratiquement pas eu de hausse de prix des forfaits», affirme Stéphane Richard, PDG d’Orange, s'opposant au constat d'une hausse des prix survenue sur le marché autrichien à l'issue du passage de 4 à 3 opérateurs mobiles, fin 2013.

La vente de réseau, un problème pour les abonnés? «Les consommateurs n’ont pas à se faire de souci quant à l’impact de la vente de réseau, c’est une opération purement capitalistique, assure François Carlier. Free a un déficit d’antennes, un vrai problème de couverture et c’est la vraie critique que nous pouvons faire, c’est d’être arrivé sur le marché sans réseau.» Selon Jean-Michel Huet, directeur associé BearingPoint Management & Technology Consultants, les abonnés de Free qui aujourd'hui disposent d'un réseau limité, seront les gagnants de cette évolution, en 2015. «Ils continueront de payer un prix bas pour une meilleure qualité de réseau». Mais il ne devrait y avoir dès lors que peu d'investissements chez Free en 2014. «Il faudra aussi expliquer aux clients de Bouygues pourquoi ils paieraient plus cher que ceux de Free un service devenu équivalent» analyse Jean-Michel Huet. Il se demande enfin si le réseau de SFR sera suffisant pour héberger tous ces nouveaux clients. «Il va y avoir besoin de gros investissements». Avec des répercutions sur les forfaits?