Faut-il interdire les mails pros en dehors des heures de boulot?

MANAGEMENT Les risques de surmenage poussent certaines entreprises à l'envisager...

Claire Planchard

— 

Une femme consulte sa messagerie électronique sur son smartphone.
Une femme consulte sa messagerie électronique sur son smartphone. — Steve Meddle / Rex Feat/REX/SIPA

Un sujet sensible. Le 18 février, le journal belge L’Echo révélait que les filiales belges de Siemens et Total négociaient avec les syndicats pour interdire à leurs salariés la consultation de leurs e-mails professionnels en dehors des heures de travail. Une information aussitôt démentie par Siemens Belgique-Luxembourg et Total, mais qui a suffi à relancer un débat pour le moins brûlant. En ligne de mire: le potentiel surmenage de salarié hyperconnectés et les risques psychosociaux que cela comporte.

Révolution mobile

Fin 2011, poussé par le puissant syndicat IG Mettal, le constructeur automobile allemand Volkswagen fut ainsi l’une des premières entreprises à bloquer l’accès aux serveurs Blackberry de ses salariés de 18h15 à 7h, soit une demi-heure avant et après les horaires de travail habituels. De son côté, BMW a convenu avec son comité d’entreprise d’un accord permettant aux salariés de déterminer avec leur supérieur hiérarchique dans quelle mesure ils souhaitent travailler à distance, depuis chez eux ou en déplacement, et ainsi d’être rémunérés pour ces heures ouvrées.

«Ces initiatives restent isolées mais on se rend compte aujourd’hui des limites des chartes de bonne conduite vis-à-vis de l’usage des messageries électroniques qui ont pu être adoptées jusqu’à présent par facilité par les entreprises, sans véritable communication ou formation adaptée pour que les collaborateurs se les approprient», observe François Fatoux, délégué général de l’Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises (Orse). Face au développement du télétravail, mais surtout au boom des messageries sur téléphone mobile, «cette problématique s’est amplifiée et les DRH y sont devenus plus sensibles en raison des risques juridiques et psychosociaux liés au surmenage, au respect du temps de travail ou de l’obligation de repos», poursuit le spécialiste.

Liberté ou harcèlement

Reste que la solution technique de coupure pure et simple des accès n’est pas la panacée, ni pour l’entreprise, ni pour les collaborateurs. Pour ces derniers, l’accès aux mails professionnels à domicile ou dans les transports reste majoritairement perçu comme un gage de souplesse et de liberté dans l’organisation du travail. Selon une étude du Credoc révélée en décembre par 20 Minutes, 66 % des salariés français ne pensent pas en effet qu’il soit nécessaire d’instaurer une charte ou un dispositif limitant l’usage des nouvelles technologies à des fins professionnelles en dehors des horaires et lieux de travail habituels et 62 % qu’il est inutile de limiter leur usage à des fins personnelles au bureau. «Comme si chacun préférait gérer lui-même les limites qu’il doit s’imposer dans un cas comme dans l’autre», concluait le Credoc.

Et pour l’entreprise, recourir à une méthode aussi radicale ne résoudra pas non plus tous ses problèmes. «Quand une entreprise envisage ce type de mesure, elle doit d’abord chercher à savoir combien de salariés consultent vraiment leurs mails en dehors du bureau et quelle proportion parmi eux le perçoivent comme une contrainte», met en garde Géraldine de la Rupelle, professeur qui enseigne les systèmes d’information au sein de France Business School. «Si toute l’entreprise est polluée, couper techniquement l’accès peut alors être une piste. Mais la messagerie ne pose pas problème en elle-même: elle n’est que la partie émergée de l’iceberg. Ce qu’il faut résoudre, c’est la surcharge de travail, les pressions des supérieurs ou d’autres dérives managériales qui se cachent derrière», poursuit-elle.