Bouygues et Numericable vont croiser le fer pour mettre la main sur SFR

ECONOMIE Les candidats au rachat de la filiale de Vivendi devaient se faire connaître avant 20h, ce mercredi....

avec AFP

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Illustration d'une enseigne de l'entreprise SFR.
Illustration d'une enseigne de l'entreprise SFR. — CHAUVEAU NICOLAS/SIPA

Deux candidats au rachat de SFR, Bouygues et Numericable, vont croiser le fer pour mettre la main sur la filiale télécoms de Vivendi, dans une bataille que le gouvernement entend surveiller de près avec le souci d'éviter un impact en termes d'emplois.

Vivendi a mis fin au suspense en annonçant ce mercredi soir avoir reçu «deux offres engageantes de prise de contrôle majoritaire» du deuxième opérateur télécom français, «adossées à des engagements de financement».

Son conseil de surveillance «sera saisi pour étudier ces offres» et «il évaluera toutes les options qui s'offrent à lui quant à l'avenir de sa filiale et du groupe, dans le meilleur intérêt des salariés et des actionnaires», a-t-il indiqué dans un bref communiqué.

Des candidatuires attendues

Les candidats au rachat de SFR, dont Vivendi souhaite se séparer pour se recentrer sur les médias, avaient jusqu'à 20h mercredi pour présenter leurs offres de reprise.

Les candidatures d'Altice, holding mère de Numericable, et celle de Bouygues étaient attendues: le câblo-opérateur s'était dit intéressé dès 2012 par SFR, tandis que Bouygues Telecom, le plus affecté dans la guerre des prix du mobile initiée par Free, est sorti du bois au dernier moment, craignant d'être isolé par un tel mariage.

La décision que prendra Vivendi de céder ou non tout ou partie de sa filiale, devra recueillir un feu vert de l'Autorité de la concurrence.

Le gouvernement s'invite dans la partie

Même si ce choix ne sera pas soumis à l'exécutif, le gouvernement s'est immiscé mercredi dans le dossier, en soulignant la nécessité de préserver l'emploi.

«Il n'y a pas de candidat privilégié», mais le gouvernement «s'appuiera avant tout sur trois critères: surtout l'emploi évidemment, celui de la capacité à investir dans l'outil industriel et puis celui de la qualité du service qui pourra être fourni aux consommateurs», a déclaré sa porte-parole, Najat Vallaud-Belkacem.

Même son de cloche à Bercy: «Concernant les éventuelles opérations de concentration, le gouvernement est vigilant et a pour seule préoccupation l'emploi et l'investissement.»

Une valorisation de 11 à 15 milliards

Ces derniers jours, le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg a rencontré Numericable et Bouygues Telecom, ainsi que la direction de Free, muette sur ses intentions, et Orange, l'opérateur historique et numéro un du marché.

Vivendi avait confirmé fin février avoir été approché par la holding Altice, maison-mère de Numericable, en vue d'un «éventuel rapprochement» avec SFR, tout en assurant ne pas avoir renoncé au projet de mise en Bourse de l'opérateur, envisagé pour juin.

Altice est prêt à offrir 11 milliards d'euros en numéraire à Vivendi, qui conserverait 32% de SFR tandis que le nouvel actionnaire en obtiendrait 50%, selon un scénario dévoilé par Le Figaro mardi.

Toujours selon Le Figaro, Bouygues devrait offrir à Vivendi une valorisation supérieure à 15 milliards d'euros.

Vers un paysage recomposé

 Une fois le choix de Vivendi arrêté, le processus d'examen par l'Autorité de la concurrence sera long: étude de l'impact du rapprochement sur le secteur, entretien avec les parties concernées et les acteurs du marché, discussions sur d'éventuels engagements des parties pour préserver la concurrence.

Si elle se concrétise, l'opération signifierait dans tous les cas un changement profond du paysage français des télécoms.

Ce marché compte aujourd'hui quatre opérateurs : Orange, Bouygues Telecom, SFR et Free Mobile. L'arrivée de ce dernier en janvier 2012 a déclenché une guerre des prix qui a sapé les marges de tous les acteurs.

Les deux projets principaux de rachat se différencient sur plusieurs points: Numéricable présente son offre comme un projet de croissance et d'investissement. Les atouts du câblo-opérateur sont son réseau fibre et sa télévision payante, tandis que SFR fait du mobile et de l'internet fixe.

Problèmes de concurrence

En gage de bonne volonté, Patrick Drahi, patron d'Altice, s'est engagé dans Le Figaro de mardi «à ne pas licencier, à conserver 8.500 emplois chez SFR et 2.400 chez Numericable, et même à recruter des commerciaux pour le marché des entreprises».

Mais du point de vue des pouvoirs publics, Numericable est desservi par son poids financier moindre et le fait que sa maison-mère Altice, basée au Luxembourg et cotée à Amsterdam, a un propriétaire suisse.

Une offre de Bouygues devrait créer plus de synergies mais comporte le risque de détruire beaucoup plus d'emplois.

Elle signifierait aussi la disparition d'un opérateur, posant des problèmes de concurrence a priori plus vifs.