La France déçoit encore Bruxelles

Céline Boff

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Jean-Marc Ayrault et François Hollande à l'Elysée, le 7 janvier 2014
Jean-Marc Ayrault et François Hollande à l'Elysée, le 7 janvier 2014 — WITT/SIPA

Une nouvelle tape sur les doigts… Avant la grosse fessée? Ça se complique pour la France. Ce mercredi, la Commission européenne a publié son rapport approfondi sur l’économie française.

Sa conclusion est sans appel: le pays est dans un «déséquilibre macroéconomique» tel que des «actions politiques décisives» doivent être menées rapidement par Paris. La situation est si délicate que Bruxelles préfère placer le pays sous une «surveillance renforcée», c’est-à-dire, plus fréquente. Les autres Etats de la zone euro dans le même cas sont l’Irlande et l’Espagne…

L’avertissement est sérieux. Pour la Commission européenne, la situation de la France est préoccupante pour elle-même, mais aussi pour ses voisins. D’abord, parce qu’elle ne cesse de perdre des marchés à l’international, notamment en Europe. Certes, sa balance commerciale s’est améliorée. Mais c’est parce que la France a acheté moins de produits à l’étranger, et non parce qu’elle a réussi à y vendre davantage les siens.

Le smic est trop élevé pour Bruxelles

«Entre 2007 et 2012, la France a perdu 14% de parts de marché à l’export et la situation est considérée comme critique dès lors que ce chiffre dépasse les 6%», dévoile une source proche du dossier. Le gouvernement espérait améliorer cette situation avec le Crédit d’impôt compétitivité emploi, qui allège le coût du travail pour les entreprises grâce à une réduction d’impôts, mais d’après Bruxelles, ça n’a pas fonctionné.

La Commission européenne estime par ailleurs que le smic français est trop élevé et que les cotisations dont doivent s’acquitter les entreprises sont trop fortes. Ces dernières réalisent donc de faibles marges, 28% en moyenne de la valeur ajoutée, soit le taux le plus bas de la zone euro… C’est trop peu pour qu’elles puissent investir et innover… Et donc créer des produits à même de séduire les acheteurs étrangers.

Bruxelles pointe enfin du doigt l’endettement trop élevé de la France. D’après la Commission européenne, les économies promises par Paris ne sont pas là. Et les rentrées d’argent non plus, a fortiori avec le report sine die de l’écotaxe.

Un risque de sanction financière

Le coup est dur pour le gouvernement. La Commission attend de lui de nouvelles mesures, qu’il devra lui présenter d’ici le printemps. Le Pacte de responsabilité pourrait la convaincre, mais Bruxelles attend de voir les propositions détaillées… Et au vu des négociations, le projet est encore loin d’être abouti. Le détail des économies à venir, principalement dans les collectivités locales, est également demandé.

Une fois ce programme reçu, la Commission européenne se penchera à nouveau sur la situation hexagonale. Si rien n’évolue, Bruxelles pourrait passer à l’étape supérieure. Et même proposer une sanction financière, c’est-à-dire une amende. «Nous n’en sommes pas encore là», rassurent les proches du dossier. Reste que nous n’en avons jamais été aussi proches.