Pacte de responsabilité: Quels secteurs vont embaucher?

EMPLOI Alors que les négociations entre partenaires sociaux débutent ce vendredi…

Bertrand de Volontat
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Le président du Medef Pierre Gattaz a demandé mardi que "l'observatoire des contreparties", dont la création a été annoncée par le chef de l'Etat François Hollande dans le cadre du pacte de responsabilité avec les entreprises, devienne  un "comité de suivi".
Le président du Medef Pierre Gattaz a demandé mardi que "l'observatoire des contreparties", dont la création a été annoncée par le chef de l'Etat François Hollande dans le cadre du pacte de responsabilité avec les entreprises, devienne  un "comité de suivi". — Philippe Wojazer Pool

Le Pacte de responsabilité va-t-il régler le problème de l’emploi en France? Les négociations entre les partenaires sociaux ne commenceront que vendredi. Mais le Medef a avancé l’objectif de 1.000.000 emplois, si les allègements de charges atteignaient 100 millairds d'euros par an, d'ici 2020. De son côté, le Haut Conseil de la protection sociale qui finalise ce mercredi une note d'étape détaillant des pistes pour réformer son financement dans le cadre du Pacte de responsabilité, évoque 300.000 postes sur cinq ans, avec les 10 milliards d'euros d'allègements supplémentaires prévus par le Pacte. En amont de la publication des chiffres du chômage de janvier ce mercredi (+8.900 chômeurs le mois dernier), le ministre du Travail Michel Sapin affirmait même qu’avec «1% de croissance, il est possible de créer des emplois». Mais dans quels secteurs ces embauches se feront-elles?

Pas de résultat chiffré chez les patrons

Difficile d’«être concret dès aujourd’hui, explique Denis Ferrand, directeur général de Coe-Rexecode. On ne peut pas encore affirmer que c’est dans tel ou tel secteur que le nombre d’emplois augmentera de tant de postes. D’autant qu’en cas d’allègement de charges, l’emploi n’est pas forcément la priorité mais plutôt le carnet de commandes». Et que les patrons refusent de parler pour l'heure de résultat chiffré. «Tout dépendra de l’arbitrage et du type de salaire concerné, décidé lors des négociations de vendredi», souligne Marion Cochard, économiste à l’OFCE. Le bâtiment, les services à la personne, l’hôtellerie et la restauration restent néanmoins parmi les secteurs cités. 20 Minutes fait le point sur deux scénarios envisageables concernant le Pacte de responsabilité.

Le scénario de l’allègement de charges ciblés sur les bas salaires. Pour Marion Cochard, si les allègements sont ciblés par le Pacte sur les bas salaires, davantage créateurs d’emplois, les secteurs des services en bénéficieront aussi. Il s’agit notamment des services à la personne, de la restauration, du tourisme et de l’hôtellerie. Pour Denis Ferrand, tout dépend si l’impact par secteur du Pacte de responsabilité est homogène ou si seuls sont allégés les bas salaires. Dans ce dernier cas, les effets seront les mêmes qu’avec le CICE. La baisse des charges sur la main-d’œuvre peu qualifiée à faible coût pourra bénéficier aux «secteurs de la construction, de l’hébergement, du commerce, qui ont des structures de salaires dans le bas de la distribution, car c’est là où la sensibilité de l’emploi au coût est la plus élevée.» Les emplois mieux rémunérés sont moins sensibles. De surcroît, «la sensibilité de l’emploi au coût du travail est différente dans chaque secteur industriel», affirme Denis Ferrand. «Nos effectifs n’ont cessé de baisser depuis 2008 et ce sera encore le cas en 2014, relativise Frédéric Ridoret, président de la Fédération française du Bâtiment. Avec le Pacte, on peut espérer stabiliser cette chute».

Le scénario de l’allègement uniforme. L’économiste Marion Cochard explique que si le Pacte vise aussi des salaires plus élevés, «il y aura un effet compétitivité plus important car seront visés les secteurs de l’industrie, comme les transports, et de la concurrence internationale, comme les activités financières.» De leur côté, les coopératives agricoles, non éligibles au CICE, ont d'ores et déjà assurées être prêtes à embaucher 50.000 personnes en trois ans si elles sont bien éligibles au Pacte. Sans pour autant préciser combien de leurs recrutements correspondraient à des créations de poste. Les Brasseurs de France ont aussi proposé leur propre déclinaison du Pacte de responsabilité. Ils s'engagent à réaliser 400 embauches nettes chaque année jusqu'en 2017, si le gouvernement assure au secteur une stabilité fiscale après une hausse de 160% des taxes sur la bière intervenue début 2013.