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TÉMOIGNAGE

«On n'aura jamais une Silicon Valley en France», selon Jonathan, auto-entrepreneur

onathan, nous explique pourquoi le modèle français ne risque pas dans l'immédiat de rivaliser avec la machine américaine...

A 30 ans, Jonathan n’a pas de temps à perdre. Depuis trois ans, il est à la tête d’une petite entreprise de créations de sites Web, transformée petit à petit en agence de communication. D’abord auto-entrepreneur, «parce que c’était plus simple», il s’oriente en ce moment vers un statut de société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU).

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Chiffre d’affaires illimité, mais aussi beaucoup plus de charges et de paperasse. «Tout ce qui est comptabilité, administratif, je ne sais pas faire», avoue sans culpabilité Jonathan. Une heure à remplir des statuts, c’est «une heure de moins avec les clients».  La faute selon lui à un système français «bien trop complexe».

«Si j’engage une personne à 2.000 euros, je donne autant à l’Etat»

Dès le début, Jonathan s’est retrouvé un peu démuni, armé de son expérience de commercial, mais dépassé par la variété de statut qu’il pouvait choisir. «J’ai voulu me renseigner auprès de la mairie, nous raconte-t-il, j’avais plus de réponses que la personne censée m’aiguiller». Après 30 minutes d’entretien, il est renvoyé vers le tribunal de commerce et des formations payantes. Il renonce.

Il choisit alors l’auto-entreprenariat et ne compte pas ses heures. «Je dormais trois heures par nuit, nous dit-il, sans vraiment s’en plaindre, je faisais tout. De la prospection, à la création des sites Web, en passant par les taches de commercial.». Son seul but, ne pas prendre de retard par rapport à ses clients.

Rapidement, son business prend, son chiffre d’affaires augmente, il est bien obligé de changer le statut de son entreprise. Il opte pour la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU).Vient un nouveau frein, avec le mille-feuille administratif qui le force à embaucher un expert-comptable, il doit assumer une augmentation de ses charges. «Si j’engage une personne que je paye 2.000 euros, explique-t-il, je dois donner autant à l’Etat. Je préfère les garder pour moi.»

«Quand vous cartonnez aux USA, vous cartonnez 10 fois plus grand»

Conspuant un modèle français où «il faut toujours payer», il lui oppose le modèle américain. Ne pas cotiser pour la retraite, déjà. «J’ai 30 ans, faut pas rêver, je n’aurais jamais de retraite», lâche Jonathan. Payer moins de charges aussi, moins d’impôts sur les sociétés. Et même, promouvoir l’état d’esprit «relâché», «à la Google». «Quand vous cartonnez aux USA, vous cartonnez 10 fois plus grand», juge-t-il.

Inutile de se leurrer pour lui, le retard est trop grand, dans la législation comme dans les mentalités. «On n’aura jamais une Silicon Valley en France», estime cet internaute, intarissable sur les exemples qui décrivent des salariés français «sous pression». Exemple chez son ancien employeur, où «il y avait une stagiaire hyper-compétente, hyper productive, se souvient-il. Quand elle a pris une semaine de congé, le patron a déduit ces heures de sa paie. Moi je lui aurais payé sa semaine et je lui aurais même donnée plus pour qu’elle profite pendant ses vacances.» Jonathan serait-il alors prêt à exporter sa jeune entreprise sur le sol américain? Pas pour le moment, «je ne suis pas bilingue» précise-t-il, amusé, mais «mon cousin l’a fait avec sa boite de vêtements, et ça marche très bien pour lui.»