«La loi Florange, si elle est adoptée, sera contournée»

INTERVIEW A la lueur de la vente de l’usine rentable dans laquelle il travaillait et du licenciement des 250 salariés, le délégué syndical de Stracel évoque la future Loi Florange…

Bertrand de Volontat
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L'usine Stracel. (Archives)
L'usine Stracel. (Archives) — G. VARELA/20MINUTES

La «loi Florange» était attendue comme le messie par les employés des sites industriels du pays. Une proposition du candidat socialiste François Hollande prévoyant que «lorsque une grande firme ne veut plus d'une unité de production et ne veut pas non plus la céder», elle ait l'«obligation» de la vendre.

Au final, un texte édulcoré oblige les seules entreprises de plus de 1.000 salariés à rechercher un repreneur pendant trois mois sans obligation de résultat. Avant un vote le 24 février à l’Assemblée nationale.

Un nouvel arsenal qui ne profitera pas aux salariés de l’usine papetière Stracel de Strasbourg licenciés pour motif économique suite à la vente du site, le 31 août 2011, par le groupe finlandais UPM au consortium cartonnier germano-belge, «Blue paper». Au final, sur les 250 salariés mis à la porte, seule une centaine avait été réembauchée. Les autres ont contesté leur licenciement pour motif économique arguant que l’usine n'aurait pas dû fermer, alors qu'elle était rentable. Réponse du tribunal des prud’hommes le mercredi 25 juin. Le délégué FO Stracel Yves Bernauer répond à 20 Minutes sur les fermetures de sites industriels rentables.

Le licenciement de 250 salariés était-il inévitable ?

A partir du moment où la direction en a décidé, oui,  et la fameuse loi Florange ne changera ni n’apportera rien. Tous les salariés ont été licenciés et le site était rentable. Cette décision date de 2011 et les choses continuent ainsi. Notre usine sœur Stora Enzo de Corbehem, qui emploie 350 personnes et dont la fermeture est prévue en juin, est dans la même situation aujourd’hui que nous il y a deux ans . Un autre exemple est celui d’une usine de Rouen qu’un groupe finlandais avait décidé de vendre.  Ils affirmaient qu’il n’y avait pas de repreneur alors que cela était faux. Finalement, le conseil général a racheté l’usine pour 20 millions d’euros et l’a revendu à un thaïlandais dans la foulée, après un plan social.

Existe-t-il une solution selon vous?

La loi devrait obliger à l’industriel de vendre à un autre industriel. Dans notre cas, UPM refusait de vendre à une société faisant la même activité. Aujourd’hui nous ne faisons plus de papier. La loi Florange, si elle est adoptée, sera contournée, les avocats des entreprises trouveront toujours une faille. La solution est de relancer une politique industrielle en France avec des groupes français.

Avez-vous cru en la loi Florange?

Nous sommes énormément déçus par la Loi Florange car notre fermeture se passait en même temps que la campagne présidentielle. Le candidat Hollande est venu à Strasbourg et c’est entretenu 20 minutes avec nous. Il nous a parlé de cette loi. Deux ans plus tard, nous attendons toujours. Espérons que l’avenir soit meilleur pour les futurs sites concernés.