Prix du lait: «Les distributeurs allemands se montrent plus responsables et moins cupides»

INTERVIEW Rencontre avec Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL)...

Propos recueillis par Céline Boff

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Dans les rayons d'un supermarché à Vaucresson en octobre 2011.
Dans les rayons d'un supermarché à Vaucresson en octobre 2011. — PRM/SIPA

Dominique Chargé est à la tête de Laïta, la première entreprise coopérative laitière du Grand Ouest. Il préside également la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL). Rappelons qu’en France, plus d’un producteur de lait sur deux adhère au modèle coopératif. Alors que les groupes laitiers négocient en ce moment le prix du lait avec la grande distribution, il répond aux questions de 20 Minutes.

Que négociez-vous actuellement avec la grande distribution?

Les prix auxquels les distributeurs vont acheter le lait et les produits que nous fabriquons (beurre, yaourts, fromages, etc.). Ces négociations, qui se tiennent chaque année, ont débuté en novembre et s’achèveront le 28 février.

Quelles hausses souhaitez-vous obtenir?

La demande en lait est aujourd’hui très soutenue dans le monde et les prix sont donc fortement indexés à la hausse. Ils ont progressé de 5 à 7% l’an dernier et de 12% en deux ans… Mais en France, nous continuons de vendre nos produits aux mêmes prix, car les distributeurs refusent toute augmentation. Ce qui n’est pas le cas en Allemagne par exemple. Du coup, les producteurs français ne sont vraiment pas rémunérés à leur juste valeur.

Lorsqu’un litre de lait est vendu en grande surface, quelle part revient au producteur?

Moins de la moitié. Si une brique de lait est vendue en rayon 90 centimes, le producteur percevra 40 centimes.

Depuis 2012, la grande distribution allemande a accepté six hausses de prix du lait, contre une seule en France… Pourquoi?

Parce que les distributeurs allemands se montrent plus responsables et moins cupides… Mais ils sont aussi des discounters. En France, les distributeurs ont besoin de marges énormes. Le problème est surtout la guerre des prix bas que se livrent les enseignes. Notre objectif est de faire comprendre aux distributeurs le rôle qu’ils jouent dans la vitalité de nos régions. Car un emploi dans une exploitation, c’est cinq à sept emplois induits sur le territoire.

Mais le lait est un produit de grande consommation… Les prix ne doivent-ils pas rester accessibles?

Le pouvoir d’achat est toujours mis en avant, mais le consommateur est aussi un citoyen et en tant que tel, il a besoin d’emplois. Il faut bien comprendre que tout acte d’achat a des conséquences sur la production et l’activité industrielle en France.

Dans quatorze mois, les quotas n’existeront plus. Autrement dit, Bruxelles ne limitera plus la quantité de lait produite dans chaque pays. Vous attendez-vous à une hausse immédiate des volumes de lait produits?

Il y aura une hausse des volumes, mais ce ne sera pas une marée, en tout cas pas en France. Entre 2014 et 2020, les volumes devraient progresser de +10 à +15%, mais la demande mondiale peut soutenir cette hausse.

Les prix ne vont donc pas baisser…

Non car aujourd’hui, la demande progresse de 2 à 3% par an. Le marché est tendanciellement à la hausse.

Vous cherchez à vous développer à l’export. Quels pays visez-vous?

Tous ceux où les classes moyennes se développent. Nous regardons un peu l’Afrique, mais surtout le Moyen-Orient et l’Asie. La Chine notamment, où Pizza Hut ouvre un nouveau magasin chaque jour… La demande en mozzarella explose. Si l’Allemagne a beaucoup d’avance sur les fromages industriels, la France rattrape aujourd’hui son retard. Et les produits français sont très plébiscités de par leurs qualités gastronomiques et sanitaires, a fortiori dans l’alimentation infantile.