Comment Bercy veut connecter le pays au «très haut débit»

Claire Planchard

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Illustration: Internet, les réseaux sociaux.
Illustration: Internet, les réseaux sociaux. — SIERAKOWSKI/ISOPIX/SIPA

Raccorder l’ensemble du territoire à l’Internet à très haut débit d’ici à dix ans: c’était l’une des promesses phares du candidat Hollande en 2012. L’enjeu: dynamiser l’économie des territoires, même les plus reculés, mais aussi préparer le pays aux enjeux du futur, des cours partagés au maintien des personnes âgées à domicile en passant par la gestion intelligente de l’eau ou de l’électricité.

«Chef d’orchestre»

Lancé début 2013 par Fleur Pellerin, Ministre délégué à l’économie numérique, le chantier est aujourd’hui en marche. Aux commandes, Antoine Darodes: cet ancien haut responsable du régulateur des télécom Arcep pilote la mission «France Très Haut Débit» (THD) depuis Bercy avec une équipe de dix personnes, qui «devrait passer à une vingtaine de personnes d’ici l’été 2014».

Sa mission: jouer «le chef d’orchestre» entre l’Etat et les collectivités locales qui ont promis 13 à 14 milliards d’euros d’investissement publics et les opérateurs privés qui se sont engagés à mettre six à sept milliards d’euros au pot. «Nous instruisons les demandes de subvention des collectivités locales en les incitant au regroupement à l’échelle pluri-départementale par le biais de bonifications: cela marche très bien et permet de lutter contre la balkanisation des réseaux en favorisant un déploiement uniforme», explique Antoine Darodes. A ce jour, 48 dossiers ont été déposés concernant 54 départements. Les «promesses de dons» atteignent un peu plus de 900 millions d’euros.

Observatoire des déploiements et des éventuels retards

Mais la mission THD veille aussi au respect des engagements d’investissements dans les zones denses rentables préemptées par les opérateurs privés (SFR, Bouygues, Free et Orange) et à l’harmonisation de leurs pratiques. «L’Etat a fait le choix de s’appuyer sur les dynamiques existantes des opérateurs et des collectivités car cela répondait à notre objectif de constituer un réseau facilement exploitable à un prix relativement modéré» explique Antoine Darodes. A lui ensuite d’éviter la cacophonie et les promesses non tenues...

Jeudi, lors de la première conférence annuelle de la mission, un observatoire en ligne doit ainsi être annoncé. Accessible au grand public début avril, il permettra à chacun de connaître le débit théorique sur sa zone et de suivre les déploiements en cours. Mais il doit aussi permettre à Bercy de repérer les éventuels retards. Selon les premiers chiffres dévoilés par la mission, la France comptait fin 2013 trois millions de logements éligibles à la FTTH  (Fiber to the Home, la fibre jusqu’à l’abonné) le graal du très haut débit, contre 2 millions début 2013, avec une hausse de 70% du nombre d’abonnés de 270.000 à 465.000.

Mais face aux coûts et à la complexité de son installation dans certaines zones reculées (jusqu’à 2.000 euros par foyer contre 500 à 700 euros en zone urbaine!), Bercy s’intéresse aussi d’autres solutions comme «la montée en débit» sur un réseau de cuivre ADSL ou câble existant: en clair, la fibre est tirée jusqu’à l’entrée d’un village, d’une rue ou d’un immeuble puis le cuivre ou le câble conduit jusqu’à chaque abonné, à l’image des huit millions de prises installées par Numericable et du million de raccordements VDSL2, qui représentaient fin 2013 1,8 million d’abonnements très haut débit (+400.000 sur un an).

Enfin, pour tenir son engagement de couvrir l’intégralité du territoire, dont 80% en FTTH d’ici 2022, Bercy doit aussi faire face à défi supplémentaire: garantir la formation de la main-d’œuvre qualifiée suffisante. Selon ses statistiques, la création de 19.250 emplois directs serait nécessaire, mais des premières difficultés de recrutement se font déjà sentir dans certaines zones. «Aujourd’hui, il faut en moyenne six semaines d’attente pour être fibré mais à l’avenir il pourrait y avoir une file d’attente de six à huit mois et la gratuité de l’installation pourrait alors être remise en cause», prévient Antoine Darodes.