Formation professionnelle: La réforme fera-t-elle vraiment baisser le chômage?

SOCIAL Les critiques sont nombreuses sur la portée limitée du texte du gouvernement qui doit être adopté par le Parlement d’ici à la fin du mois…

Mathieu Bruckmüller

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Le ministre du Travail Michel Sapin.
Le ministre du Travail Michel Sapin. — Lionel Bonaventure AFP

Une procédure accélérée pour la nouvelle arme anti-chômage du gouvernement. Alors qu’en 2013 le nombre de demandeurs d’emploi n’a jamais été aussi élevé, le projet de loi sur la formation professionnelle adopté le mois dernier en Conseil des ministres sera débattu ce mercredi à l’Assemblée pour une adoption prévue d’ici la fin février.

Fini le DIF, place au CPF…


Un texte «TGV» qui prévoit notamment la fin du droit individuel à la formation (DIF). Ce dispositif à bout de souffle qui permettait à chaque salarié de se constituer un crédit d’heures de formation de 20 heures par an, cumulable sur six ans, sera remplacé par un compte personnel de formation (CPF) à partir du 1er janvier 2015. Celui-ci prévoit 150 heures de formation sur huit ans, soit 30 heures de formation en plus. Un dispositif qui suivra chaque actif tout au long de sa carrière.

Cela «va vers la reconnaissance d’un droit universel de la formation pour l’ensemble des actifs qu’ils soient salariés, chômeurs, jeunes dip’ ou indépendant», note Jean-Louis Dayan, directeur du Centre d’études de l’emploi (CEE). Un progrès «nettement insuffisant», déplore à 20 Minutes le député UDI, Hervé Morin qui ne votera pas en faveur du texte. En effet, les formations qualifiantes et certifiantes, comme dans le cas du congé individuel de formation, requièrent au moins 600 heures de formation.

» Lire l’interview d’Hervé Morin en intégralité par ici

… Pour des résultats limités?


«Nous risquons de rester dans un système de formation d’adaptation de courte durée qui ne permettra pas de modifier le parcours de la vie professionnelle des actifs», craint Jean-Louis Dayan. Avec pour résultat de bénéficier comme aujourd’hui surtout aux cadres et aux actifs les plus diplômés et non pas à ceux qui en ont le plus besoin que ce soit les 150.000 jeunes qui quittent chaque année le système scolaire sans diplôme ou les adultes sous-qualifiés pour retrouver un emploi durable.

«Le gouvernement présente cette réforme comme une arme anti-chômage, mais il fonde trop d’espoir sur un système qui dans sa configuration actuelle a du mal à remplir cette ambition», analyse Jean-Louis Dayan. Et ce malgré, 32 milliards d’euros versés chaque année, par les entreprises, l’Etat, les Régions et les salariés pour la formation continue.

«On a préféré le statu quo pour ne pas froisser les syndicats qu’ils soient patronaux ou salariaux pour lesquels la formation professionnelle est un moyen majeur de leur financement», déplore Hervé Morin.