Mory Ducros: Arnaud Montebourg incite les salariés à reprendre le travail

ECONOMIE Le ministre du Redressement productif était sur le site de Limeil-Brévannes ce mercredi...

avec AFP

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Locaux de Mory Ducros à Gonesse, près de Paris, le 22 novembre 2013.
Locaux de Mory Ducros à Gonesse, près de Paris, le 22 novembre 2013. — THOMAS SAMSON / AFP

Le gouvernement a incité mercredi les salariés de Mory Ducros en grève à reprendre le travail, alors qu'Arcole Industries, convoqué dans l'après-midi à Matignon, conditionne toujours son offre de reprise du transporteur à un retour au calme. «Vous pouvez décider de continuer», mais «je ne pense pas que ça soit la meilleure manière de servir nos intérêts, vos intérêts», a conseillé aux grévistes le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, en déplacement à l'agence de Limeil-Brévannes (Val-de-Marne).

Rencontre avec le principal actionnaire à Matignon

Si Arcole retire son offre, «le risque est très sérieux qu'on ne se retrouve plus avec 3.000 personnes et 21 millions (d'euros d'indemnités supra-légales, NDLR) à se partager mais 5.000 personnes (l'ensemble des salariés licenciés) avec 7 millions», leur a-t-il expliqué. Arnaud Montebourg a aussi fait savoir que le patron d'Arcole Industries, principal actionnaire de Mory Ducros, était attendu dans l'après-midi à Matignon. La rencontre avec le Premier ministre et plusieurs ministres aura lieu à 16h30.

Mardi soir, Arcole a finalement confirmé et légèrement amélioré son offre après avoir menacé de jeter l'éponge en raison des grèves qui amenuisent, selon lui, les chances de conserver les clients pour repartir du bon pied. L'actionnaire propose désormais de conserver 50 agences (sur environ 85) et 2.210 emplois, 2 agences et 60 salariés de plus que dans l'offre précédente. Mais l'actionnaire du n°2 français du transport de messagerie, en redressement judiciaire depuis novembre, subordonne toujours son offre à plusieurs «conditions suspensives», dont l'une est la fin des grèves et blocages.

«On ne peut empêcher les salariés de s'exprimer»

Selon les syndicats, il exige aussi leur accord avant vendredi sur le plan social accompagnant le projet de reprise. Or loin de s'apaiser, le mouvement de grogne dans les agences s'est amplifié mercredi. La CFDT-Transports recensait dans l'après-midi des actions dans une vingtaine d'agences, contre une quinzaine mardi. Selon le syndicat et les informations recueillies par l'AFP, outre le siège de Gonesse (Val-d'Oise), les sites de Saint-Jacques à Rennes, Limeil-Brévannes (Val-de-Marne), Libercourt (Nord-Pas-de-Calais), Rouen (Seine-Maritime), Périgueux (Dordogne) et Saint-Etienne (Loire) étaient bloqués.

«On ne peut pas décréter la levée d'actions de grèves que l'on n'a pas déclenchées. On ne peut empêcher les salariés de s'exprimer», avait prévenu mardi soir Fabian Tosolini, porte-parole de la CFDT-Transports à l'issue d'une nouvelle discussion tendue à Bercy avec Arcole. Aucun syndicat n'a lancé d'appel à la grève, mais les fédérations CFDT, CGT et FO soutiennent les débrayages. La CGT-Transports a d'ailleurs appelé mercredi les salariés à «maintenir la pression». Au sein même de la CFDT, et à la CFTC, certains s'inquiètent néanmoins et dénoncent une stratégie «jusqu'au-boutiste» des fédérations transports CFDT et CGT.

«On n'a plus rien à mettre dans les camions»

Arcole «exige de la part des salariés un comportement plus qu'exemplaire. Il faudrait presque que les salariés acceptent d'être licenciés pour sauver cet actionnaire qui n'a pas fait face à ses responsabilités», s'est insurgé le numéro un de la CGT Thierry Lepaon. «Arcole veut-il vraiment reprendre Mory Ducros?», s'interrogeait mercredi FO en rappelant que vendredi «tout peut arriver». Les grévistes, qui restent minoritaires, «ne sont pas satisfaits» de la dernière offre car elle n'apporte «pas d'argent en plus» pour ceux qui seront licenciés, explique Martial Brancourt (CGT) à Gonesse, où une cinquantaine de salariés se relaient jour et nuit depuis lundi pour bloquer le site voué à disparaître. Arcole propose 7.000 euros d'indemnités supra légales de licenciement par salarié (les 21 millions d'euros évoqués par M. Montebourg) quand les fédérations CGT et CFDT des transports demandent le triple.

A Saint-Etienne du Rouvray, l'agence rouennaise aussi condamnée, les salariés étaient partagés entre résignation et colère. «On n'a plus rien à mettre dans les camions» depuis le départ du principal client mais «on prépare des actions», promet Thierry Gainville (CFDT). La dernière offre d'Arcole, que l'Etat promet toujours de soutenir par un prêt de 17,5 millions d'euros, doit être examinée vendredi par le tribunal de commerce de Pontoise (Val d'Oise) qui pourrait mettre sa décision en délibéré. L'avis des représentants du personnel doit auparavant être recueilli jeudi lors d'un comité d'entreprise.