Les Français, otages de leur banque?

Céline Boff
— 
 Le prix des cartes bancaires peut varier selon la banque et le département de 0 à 45 euros.
 Le prix des cartes bancaires peut varier selon la banque et le département de 0 à 45 euros. — JS EVRARD/SIPA

Après l’UFC-Que Choisir mardi, la CLCV a présenté vendredi son palmarès des banques les moins chères. Après avoir passé en revue les tarifs des principaux services (cartes, virements, frais de tenue d’un compte, etc.), les deux associations de consommateurs tirent les mêmes conclusions. Primo, les écarts de prix peuvent être très importants parmi les banques d’une même catégorie (mutualiste, traditionnelle, etc.), et souvent même, parmi celles appartenant… au même réseau. Secundo, les banques en ligne sont les moins onéreuses.

Il n’y a rien de très nouveau dans ces analyses. L’UFC-Que Choisir et la CLCV démontrent, année après année, que toutes les banques ne se valent pas. Et pourtant, le taux de mobilité des clients tricolores n’évolue quasiment pas. Moins de huit sur cent (7,5%) changent d’établissement par an -et ce, en tenant compte des mouvements d’une caisse régionale à une autre, c’est-à-dire au sein d’un même réseau. Pire, comme le détaille Nicole Perez, de l’UFC-Que Choisir, «si l’on observe les seuls changements d’enseigne, ce taux tombe à 3,5%», contre 9% en moyenne dans l’Union européenne.

«Un intérêt pas suffisamment significatif»

Les Français seraient-ils trop attachés à leurs établissements pour vouloir en changer? Peut-être. D’après une étude réalisée par le cabinet Deloitte en mars dernier, près de neuf Français sur dix (88%) se déclarent satisfaits de leur banque.

Ce qui fait sourire Reine-Claude Mader, présidente de la CLCV: «Je pense surtout que les Français estiment qu’au final, c’est partout pareil. Et que si leur carte bleue est plus onéreuse ici, leur découvert leur reviendra sans doute plus cher là-bas… Ils devraient certes se livrer à des calculs précis, mais ils considèrent que l’intérêt n’est pas suffisamment significatif.»

D’ailleurs, c’est souvent lorsqu’ils négocient un prêt immobilier que les Français sautent le pas et changent d’établissement puisque, d’une banque à l’autre, la différence de taux –et donc le gain financier– peuvent être très importants. «Une fois qu’ils ont signé ce prêt immobilier qui court sur 15 à 20 ans, les clients se sentent souvent enchaînés à leur banque. Et il est vrai que renégocier son prêt avec un autre établissement n’est pas facile si l’on n’a pas un très bon profil», souffle Reine-Claude Mader. Qui insiste: «Mais d’une manière générale, il est tout de même bien plus facile de changer de banque aujourd’hui qu’il y a quelques années.»

Le projet de loi Hamon

En 2009 en effet, les établissements bancaires se sont engagés à mettre en place un service d’aide à la mobilité. Si les choses se sont améliorées, elles sont toutefois loin d’être satisfaisantes estime Nicole Perez: «Dans les faits, cette mobilité n’a pas été réellement aidée, y compris par la banque dans laquelle le client souhaite entrer.»

Le projet de loi Hamon pourrait changer la donne, puisqu’il va faire de cette aide à la mobilité bancaire une obligation légale. «La banque entrante aura par exemple l’obligation de contacter l’ensemble des fournisseurs de son nouveau client (EDF, GDF, etc.) pour effectuer les transferts. C’est un immense progrès.» En attendant peut-être un jour l’arrivée de la portabilité du numéro de compte, que toutes les associations de consommateurs réclament depuis de nombreuses années.