Pourquoi Airbnb dérange les hôteliers français

TOURISME La start-up née à San Francisco il y a cinq ans pourrait voir son activité encadrée par la loi française…

Bertrand de Volontat

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L'activité hôtelière en France a plutôt stagné en 2013, avec des prix élevés et une fréquentation en légère baisse, avec des situations contrastées entre Paris la locomotive et la province au ralenti, et le secteur devrait se reprendre légèrement en 2014.
L'activité hôtelière en France a plutôt stagné en 2013, avec des prix élevés et une fréquentation en légère baisse, avec des situations contrastées entre Paris la locomotive et la province au ralenti, et le secteur devrait se reprendre légèrement en 2014. — Jacques Demarthon AFP

Airbnb et les plateformes d’hébergement en ligne ont bouleversé la donne de l’accueil des touristes ces dernières années. Fondée en 2008 en Californie, la start-up est un site communautaire reliant à travers le monde des gens souhaitant louer une pièce ou l’intégralité de leur appartement et ceux cherchant un endroit où séjourner entre un à plusieurs jours. Un procédé qui s’est développé grâce à son coût bon marché et son côté pratique et hors système.

En France, le phénomène s’est confortablement installé, avec 50.000 annonces de logements dans l’Hexagone publiées sur ce site, dont plus de 20.000 à Paris. «C’est une ville très populaire pour notre communauté, commente Chip Conley, directeur Hospitalité monde, interviewé par 20 Minutes. Et réciproquement, les Français aiment Airbnb.»

»Retrouvez l’interview de Chip Conley sur le déploiement d’Airbnb à Paris par ici

«La force des Français, c’est qu’ils ne sont pas attachés à une marque d’hôtel quand ils voyagent, comme peuvent l’être les Américains, explique-t-il. Ils sont indépendants et veulent profiter d’une expérience plus personnelle.»

Des hôteliers à l’écoute mais remontés

Les hôteliers, justement, sont bien moins enthousiastes face à ce type d’offres qui pullulent sur le marché. «Nous avons alerté les pouvoirs publics et la loi Duflot devrait encadrer ces formes d’accueil intermédiaires que sont Airbnb ou Bedycasa, détaille Gaëlle Missonier, de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih). Ce type de location ne respecte pas la fiscalité en vigueur pour les hôteliers. Nous voulons surtout imposer une limite de location minimum de sept jours.» Et le président de l’Umih, Roland Héguy, de poursuivre :  «On demande au site d’être responsable de façon juridique. C’est facile d’échapper au système quand on n’est pas organisé.»

Si Chip Conley affirme que l’entreprise basée à San Francisco entretient «de bonnes relations avec les autorités françaises», la Mairie de Paris a déjà gagné quelques procès contre des particuliers, rapporte l’Umih, à l’image de l'action en justice menée à New York contre la location d’un condominium. «Nos relations avec ces plateformes sont collaboratives, explique Roland Héguy. On discute, on a exprimé nos désaccords.»

Les mêmes règles pour tous

Parmi ces désaccords, un point épineux retient l’attention des professionnels. «Là où je suis vent debout, c’est sur l’achat d’un appartement pour le louer à l’année», clame le président. «Une location de temps en temps n’est pas grave mais il faut se méfier du développement de business, poursuit Gaëlle Missonier. Des gens achètent des appartements dans le but unique de les louer sur ces plateformes».

«Airbnb est l’outil mais c’est le fond qui dérange, affirme le président. Des gens achètent des appartements sur le compte de leur société, paient Airbnb, qui est un site américain, et encaissent les locations sur un compte en Espagne ! Et rien ne leur est demandé.»

L’Umih prend surtout la défense de ses acteurs. «C’est une concurrence déloyale pour les petits hôtels, car les normes ne sont pas les mêmes. Pour la sécurité du client, on impose aux hôtels des mesures de sécurité et d’hygiène drastiques. Nous demandons des régulations équivalentes.» Avant tout, «je veux que le consommateur fasse la différence».