Formations en alternance: La galère des jeunes pour trouver une entreprise d'accueil

Delphine Bancaud

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Des jeunes en formation en alternance à l'Ecole nationale supérieure de patisserie  d'Yssingeaux.
Des jeunes en formation en alternance à l'Ecole nationale supérieure de patisserie d'Yssingeaux. — PHILIPPE DESMAZES / AFP

Les visiteurs seront nombreux à arpenter les couloirs du Salon de l’alternance et de l’apprentissage qui démarre ce vendredi à Paris. Et pour cause: décrocher un contrat de professionnalisation ou d’apprentissage en période de crise tient de la gageure.

Preuve en est les dernières statistiques du ministère du Travail, qui montrent une érosion du nombre de contrats d’alternance depuis deux ans. Entre janvier et novembre 2012, 272.000 contrats d’apprentissage et 140.000 contrats de professionnalisation ont été conclus. Sur les onze premiers mois de l’année 2013, ces chiffres ont respectivement chuté à 247.000 et 132.000. 

Une diminution des contrats qui a peu concerné les grands groupes, les entreprises de 250 salariés et plus ayant l’obligation d’accueillir au moins 4% de salariés en alternance, sous peine d’une contribution supplémentaire à l'apprentissage. Mais les TPE et les PME, qui embauchent les deux tiers des apprentis en France, ont moins recruté. «Elles n’accueillent des alternants que lorsque leurs perspectives d’activité sont bonnes. Car leur formation a un coût et nécessite de dégager du temps à un tuteur», souligne Gilles Langlo, directeur du CFA (centre de formation d’apprentis) de la chambre des métiers et de l’artisanat d’Indre-et-Loire. Dans certains secteurs, trouver une entreprise d’accueil est devenu particulièrement ardu: «C’est le cas pour la coiffure, la mécanique auto et moto et le bâtiment», poursuit-il. Des difficultés dont est témoin l’association nationale des apprentis de France (Anaf), qui reçoit davantage de coups de fils de jeunes en quête d’employeurs depuis deux ans.

Des entreprises plus exigeantes

La crise a aussi rendu les recruteurs plus exigeants, selon Sébastien Malige, responsable du service professionnalisation au CFA Stephenson: «Ils font jouer la concurrence entre les écoles et veulent prendre des candidats quasi-opérationnels. Un élève en bac pro commerce qui aura fait un premier stage concluant aura ainsi plus de chances de décrocher un contrat qu’un élève sans aucune expérience en entreprise», note-t-il. «Les recruteurs attendent aussi que les candidats aient intégré les codes de l’entreprise. Ceux qui n’adoptent pas une posture professionnelle sont vite mis de côté», souligne de son côté Morgan Marietti, président de l’Association nationale des apprentis de France.

Pour contrer ces tensions sur le marché de l’alternance, les centres de formation ont mis en place des stratégies offensives. «Nous prérecrutons nos alternants au mois de février précédant la rentrée. Cela nous permet de les aider à se placer. On les coache dans l’élaboration de leur CV et la préparation des entretiens. Et en juin, nous organisons des job- dating avec nos entreprises partenaires», détaille Sébastien Malige. «Chaque année, nous prospectons de nouvelles entreprises afin d’étoffer notre réseau», témoigne aussi Gilles Langlo.

Des efforts qui ne sont pas toujours couronnés de succès car chaque année, des jeunes sont obligés d’abandonner leur formation faute d’entreprise d’accueil. «Ils doivent alors se réorienter, chercher un stage ou un boulot, ou se faire accompagner par une mission locale», explique Morgane Marietti.

>> TÉMOIGNAGES - Vous suivez une formation en alternance? Avez-vous rencontré des difficultés à décrocher votre contrat? Vous avez été forcé de revoir vos critères à la baisse?

 

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