La baisse des charges sur le travail va-t-elle créer des emplois?

EMPLOI La mesure annoncée par François Hollande mardi aura-t-elle un réel effet sur le marché du travail?...

Bertrand de Volontat

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Entretien d'embauche.
Entretien d'embauche. — JAUBERT/SIPA

Le président Hollande l’a annoncé ce mardi, les entreprises et les travailleurs indépendants ne devront plus payer de cotisations familiales. «Cela représente 30 à 35 milliards d'euros de charges par an -dont 20 milliards de CICE-», a précisé le chef de l’Etat.

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«Pourquoi ce pacte?, a lancé le Président. Parce que le temps est venu de régler le principal problème de la France: sa production, oui je dis bien sa production. C'est donc sur l'offre qu'il faut agir, sur l'offre». Les objectifs sont de poursuivre l'allègement du coût du travail, faciliter les embauches et créer des emplois. Le patron du Medef, Pierre Gattaz, avait lui promis dès l’automne la création d’un million d’emplois sur cinq ans contre des baisses de charges supplémentaires. Un chiffre jugé «excessif» par Marion Cochard de l’OFCE.

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La demande des ménages, la véritable priorité

Pour la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (Ifrap), c’est une «illusion que de croire que la baisse du coût du travail se traduirait par des embauches». Pour le think tank, «l’effet désiré est celui de la reconstitution des marges des entreprises. Celles qui ont actuellement la tête sous l’eau n’embaucheront pas, mais cela leur permettra au mieux d’éviter de faire disparaître leurs emplois.»

Les entreprises ont avant tout un problème de marges et de demande. «Elles ont une capacité de production en sureffectif, ce qui signifie que si la demande repart, les entreprises n’auront pas besoin d’embaucher, analyse Marion Cochard. La mesure créera forcément un peu d’emploi mais le vrai problème que le président doit régler est celui de la demande des ménages.» Natixis confirme ces dires expliquant que «dans le contexte actuel de surcapacités productives et de faible demande anticipée, il nous semble qu’il est un peu tôt pour envisager l’ouverture d’un nouveau cycle d’investissement et  a fortiori d’emploi.»

Une première marche vers l’emploi

Cette mesure devrait ainsi servir dans un premier temps à relancer l’activité des entreprises. «Ces allègements ne sont pas un cadeau fait aux entrepreneurs mais bien un élément nécessaire à la compétitivité de nos entreprises», poursuit le collectif d’entrepreneurs Croissance Plus qui salue cette mesure.

«Hollande reconnaît, enfin, que les entreprises sont les seules organisations à pouvoir créer des emplois durables. Pour que ça marche, il faut que les marges de la compétitivité soient financées par des économies de dépenses publiques, explique Jean-Marc Sylvestre sur son blog.

«Tout ne va pas se résoudre avec une baisse des charges. Toutefois, cette mesure est efficace et aura un effet positif sur l’emploi dès lors qu’elle n’est pas assortie de baisse supplémentaire des dépenses», selon Marion Cochard. Mais il faudra pour ça abandonner l’objectif de déficit public et l’effort structurel promis à Bruxelles.

L’économiste Christian Chavagneux, fait enfin valoir qu’alléger le coût du travail, ne pesant qu’1,25% du cout de production total, n’aurait qu’un effet négligeable sur l’emplo. Ce à quoi l'Ifrap répond par l’exemple de l’accord passé par le constructeur Renault le printemps dernier prévoyant le  retour aux 35 heures, avec un effet de 65 millions d’euros d’économies. En contrepartie, l’entreprise s’était engagée à ne fermer aucun site en France. «N’est-ce pas un effet spectaculaire d’une réforme très modeste?»