«Quand on est interdit bancaire, on apprend à s'organiser différemment»

TÉMOIGNAGE ichée à la Banque de France pour des chèques sans provision, elle raconte les galère et la débrouille au quotidien...

A Grenoble, Manuel Pavard
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Céline a dû rendre son chéquier et sa carte bancaire (image d'illustration)
Céline a dû rendre son chéquier et sa carte bancaire (image d'illustration) — JAUBERT/SIPA

Céline [le prénom a été modifié], alors fraîchement diplômée et jeune demandeuse d’emploi, avait 22 ans lorsqu’elle fit l’objet, fin 2008, d’une interdiction bancaire. «A l’époque, j’avais peu de revenus et n’ayant plus de sous sur mon compte, ma seule possibilité de paiement était de faire des chèques en bois: jamais des grosses sommes, juste une succession de petits chèques pour faire des courses ou le plein d’essence, se souvient-elle. La banque m’a envoyé plusieurs recommandés pour m’avertir, mais sans mettre tout de suite la menace en application.» Le couperet finit par tomber: fichage à la Banque de France, interdiction d’émettre des chèques pendant cinq ans – sauf régularisation – et restitution de la carte bleue.

« Il faut avoir de l’argent sur son compte »

«J’ai quand même pu garder un compte à la Banque postale, sans autorisation de découvert, et avoir une carte Electron qui me permettait de retirer de l’argent au guichet ou aux distributeurs de ma banque», explique Céline. Adieu les achats en ligne et les paiements par CB au péage! «Cette carte interroge automatiquement ton solde: si tu as 50 euros sur ton compte, impossible d’acheter quelque chose coûtant 55 euros.» Très vite, elle doit «apprendre à s’organiser différemment. On ne peut plus faire de règlement par courrier. Il faut se déplacer à la banque pour faire un virement ou un mandat cash, ce qui implique aussi de passer du temps à récupérer les coordonnées bancaires des destinataires. Du coup, tout règlement est à débit immédiat, donc il faut avoir l'argent sur son compte! Avec le chèque, tu as une marge de quelques jours bien pratique.»

Des apsects «positifs»

Au quotidien, c’est le règne de la débrouille. «Quand j'étais en colocation, pour les factures, chaque colocataire faisait un chèque du montant correspondant à sa part, on mettait le tout dans une enveloppe et on envoyait, raconte Céline. Quand j'ai été interdite de chéquier, j'ai dû collecter les chèques des autres et aller en personne à l'organisme concerné pour les déposer et payer ma part en liquide.» Lorsqu’elle trouve enfin un emploi, en 2010, Céline s’habitue à «retirer la plus grosse partie en espèces, dès que le salaire tombe». Pour les voyages, il faut là aussi prévoir. «Pour partir au Danemark et en Italie, j’ai pris beaucoup de liquide sur moi et si je manquais d’argent, j’empruntais à un ami sur place. Ce n’était pas toujours gênant car à l’étranger, il vaut souvent mieux avoir des espèces que payer en carte bleue.» D’ailleurs, Céline ne retient pas que du négatif de cette expérience:  «On a moins de risques de craquer pour des achats compulsifs et ça oblige à gérer son budget.»

«Je pensais pouvoir voir venir»

Aujourd’hui, Céline a retrouvé tous ses moyens de paiement. «La plupart des chèques impayés ont été représentés un peu plus tard par leurs destinataires et sont passés petit à petit quand j'avais des revenus. Il en restait quelques uns dont les destinataires ne se manifestaient pas - je ne les connaissais pas, faute d'avoir rempli les talons de chèques - et pour lesquels je suis allée à la banque faire une provision. La banque a ensuite transmis l'information à la Banque de France qui a levé l'interdiction en 2012.» Soulagée, elle met néanmoins en garde: «Je pensais pouvoir voir venir mais ça peut arriver à tout le monde. Même si je ne suis pas à l’abri d’un accident, maintenant je fais très attention!»