Les librairies ont-elles encore de l'avenir?

COMMERCE Face au Web et à la grande distribution, les libraires misent sur le conseil et l'animation pour tenter de freiner la chute de leur chiffre d'affaires...

Claire Planchard

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La librairie Mollat de Bordeaux
La librairie Mollat de Bordeaux — S.ORTOLA/20MINUTES

Et si l’avenir de la librairie passait par la qualité de ses services? Après la chute du groupe Virgin Megastore et la cessation d'activité annoncée pour ce mardi d’une partie du réseau Chapitre, placé le 2 décembre en liquidation judiciaire, c’est en tout cas la conviction du Syndicat de la librairie française (SLF). «Même si ces deux dossiers sont très différents, ils montrent que quand on réduit et qu’on démobilise le personnel, qu’on limite l’offre aux meilleures ventes et qu’on supprime les animations, le client ne s’y retrouve plus», analyse Guillaume Husson, son délégué général, qui souligne la «meilleure résistance» des librairies qui ne se limitent pas une gestion purement financière.

Attractivité et fidélisation

«Sans attendre le soutien des pouvoirs publics ou des éditeurs, le premier défi qui s’impose aux librairies est d’arrêter l’hémorragie en termes de fréquentation et de chiffre d’affaires. Un enjeu qui pose de nombreuses questions sur l’attractivité des points de vente et les moyens à déployer pour attirer les consommateurs et les fidéliser», estimait en juin le cabinet Xerfi dans une étude* sur la situation économique et financière des librairies indépendantes.

Et il y a urgence. Entre 2006 et 2012, les ventes en valeurs de livres ont chuté de 3,8% dans les plus petites d’entre elles (-8% pour la seule année 2012) et de -0,6% dans les plus grandes (-2,5% en 2012), alors qu’elles progressaient de 9,7% dans la vente à distance (Internet compris) et de 1,4% dans les grandes surfaces culturelles.

Fiches «coup de cœur» griffonnées par les libraires, animations pour les enfants ou séances de dédicaces d’auteurs, conseils personnalisés, mais aussi commande ou réservation en ligne avant retrait en magasin ou livraison à domicile: face à cette fragilité économique, les libraires, multiplient ces dernières années les initiatives pour se démarquer des enseignes virtuelles ou impersonnelles. 

Responsabilité collective

Selon Xerfi, les librairies ayant décroché depuis 2009 le label de qualité créé par le ministère de la culture LiR (Librairie de Référence), afficherait ainsi une meilleure résistance que les autres avec un chiffre d’affaires en  hausse de 8,7% entre 2005 et 2011. Mais pour les lauréats ce n’est pas la panacée.

«Nous redoublons d’énergie pour animer nos librairies et pour essayer de stabiliser le chiffre d’affaires mais il n’y a pas encore d’évolution positive et notre site marchand n’est toujours pas rentable», relativise Philippe Leleux, gérant de la Librairies Des signes de Compiègne (Oise) et de la Librairie du Labyrinthe à Amiens (Somme), toutes deux labellisées «LiR».

Pour lui, l’avenir des libraires indépendants passe surtout par «un travail commun de tous les acteurs»: les éditeurs «qui doivent leur accorder des remises au moins égales à celles consenties aux acteurs du Web», des politiques pour «appliquer la loi en cours d’adoption sur l’encadrement des frais de port sur Internet». Mais aussi d’une prise de conscience citoyenne: «Les gens ont de plus en plus le réflexe du petit clic, en apparence anodin et confortable, mais ils doivent comprendre que cela  n’implique aucun retour pour les collectivités en termes d’impôt ou de création d’emploi, et aucun retour pour eux en termes de services ou de conseils. Et au final, ce sont des librairies qui sont mises en péril», souligne-t-il.

*Etude réalisée pour le Syndicat de la librairie française et le Ministère de la culture et de la communication présentée à l’occasion des Rencontres nationales de la librairie, à Bordeaux, en juin 2013