La relation «schizophrénique» du gouvernement avec l’épargne des Français

CONSOMMATION L’exécutif cherche à inciter les Français à consommer, mais en même temps a besoin à moyen terme de l'épargne pour aider les entreprises...

Mathieu Bruckmüller
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 Les Français sont les champions de l'épargne
 Les Français sont les champions de l'épargne — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Les Français semblent bel et bien être plus fourmis que cigales. Depuis des années, ils sont dans le top 3 des européens qui épargnent le plus, juste derrière les Allemands et les Belges. En 2012, selon l’Insee, l’argent mis de côté par les ménages rapporté à leur revenu disponible a été de 15,6% dans l’hexagone quand la moyenne des pays de la zone euro tourne à 13% et 11% pour l’ensemble de l’Union européenne.

Pessimistes, les Français veulent se protéger…

Or une étude* publiée ce lundi par la banque ING révèle que les Français à une écrasante majorité (91%) ont décidé pour 2014 de prendre des résolutions financières pour augmenter encore leur bas de laine. Ils ne sont que 79% chez l’ensemble de leurs voisins.

«L’épargne reste un sujet central pour les Français, alors même qu’ils affichent traditionnellement un taux de 5 points supérieur à la moyenne européenne : dans une économie bousculée, être prévoyant semble plus que jamais de mise», constate Julien Schahl, responsable des produits investissement chez ING Direct.

«Les Français veulent mettre de l’argent de côté car ils sont plus pessimistes que jamais», abonde Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des épargnants. Un sondage Polling Vox pour 20 Minutes publié dimanche soir révélait ainsi que 61% des personnes interrogées anticipaient une année 2014 sera moins bonne que la précédente pour la société française.

Le souhait massif des Français d’augmenter leur épargne de précaution en 2014, et faire face à d’éventuels coups durs, pourrait bien se transformer en «vœu pieux», avance Philippe Crevel. L’an dernier, pour maintenir leur niveau de vie et faire face à la hausse des impôts, les ménages ont puisé dans leurs économies. Avec la hausse de la TVA au 1er janvier, il devrait faire de même cette année.

…Ce qui fait en partie les affaires de l’exécutif

A priori, cela fait les affaires du gouvernement qui compte sur la consommation pour maintenir la croissance à flot. La preuve, il a permis un déblocage exceptionnel de l’épargne salariale jusqu’à 20.000 euros entre juillet et décembre 2013. En baissant également la rémunération du livret A de 1,75% à 1,25% en août, le taux le plus bas depuis quatre ans, il n’incite pas les ménages à y maintenir leurs liquidités.

Mais dans le même temps, l’exécutif est un brin «schizophrénique» avec l’épargne, constate Philippe Crevel: «A court terme, il veut maintenir la consommation pour éviter que le pays ne plonge en récession, même si les Français consomment surtout des produits étrangers. Mais sur le moyen terme, il a besoin de cette épargne pour financer le logement social et les entreprises afin qu’elles innovent pour être plus compétitives que leurs vis-à-vis de l’étranger en France et à l’export».

Ainsi Bercy a non seulement relevé le plafond du livret A à 22.900 euros et du LDD à 12.000 euros, mais il vient aussi de créer deux nouveaux produits d’assurance-vie ainsi qu’un plan d’épargne action dédiés aux PME. «On navigue entre deux eaux. Mais en attribuant plusieurs objectifs à l’épargne, on risque d’en atteindre aucun», prévient Philippe Crevel.

*Méthodologie :

Étude online réalisée par Ipsos entre le 24 octobre et le 14 novembre  auprès d’un échantillon national représentatif de 12.637 personnes dans 13 pays d’Europe.