Entreprises: La baisse des charges est-elle vraiment efficace pour lutter contre le chômage?

M.B.

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LAURENT CIPRIANI / POOL / AFP

Moins de contraintes» pour les entreprises, afin de «gagner» la «bataille» de l'emploi. C’est le pari que fait François Hollande au moment où le chômage tutoie les records malgré le crédit impôt compétitivité emploi (CICE) qui prévoit déjà 20 milliards d’euros de baisse de charges moyennant depuis le 1er janvier une hausse de la TVA.

Les chefs d’entreprise répondent à l’appel

Lors de ses vœux du 31 décembre, le chef de l’Etat s’est dit prêt à les baisser davantage avec une contrepartie: «Plus d'embauches et plus de dialogue social». Cette annonce est saluée par plusieurs chefs d’entreprises qui ont répondu à notre appel à témoignages. «Les charges sociales tuent les embauches dans notre pays. Il était temps d’avoir ce débat, c’est même maintenant une urgence. Nous payons 49% de charges en France contre entre 12% à 20% par ailleurs (Royaume-Uni et Etats-Unis). Moi je dirais: moins de charges, plus d’embauches, plus de salaires et plus de pouvoir d’achat!», avance Alexandre Harkous, président de l’éditeur de logiciels Bi-SAM, une société de 120 personnes.

Mais après les belles paroles, plusieurs patrons attendent des actes forts: «Ce type d'annonces non chiffrées et non datées est digne d'une incantation. Il est évident que le coût du travail est trop élevé, mais il faut une forte baisse du coût pour inciter à une embauche. Surtout dans les TPE», estime François Xavier Delahaye, à la tête de Vitalyn, créateur de sites Internet.

«Bien évidemment que je suis prêt à embaucher à condition que la baisse de charge ne soit pas insignifiante. Lorsque l'on me parle d'une réduction de 100 euros bruts par mois pour un salaire de 2.000 euros bruts ce n'est pas cela qui va changer grand-chose», abonde Olivier D’Anna, qui travaille dans la rénovation d’intérieur.

Une baisse des cotisations familiales?

Si l’exécutif n’a pas encore précisé ses intentions, le plus probable serait une baisse des cotisations familiales, dont les deux tiers (35 milliards d’euros) sont à la charge des employeurs. «Les prestations familiales n’ont aucun lien avec les salaires, ni même avec le monde du travail en général. Contrairement aux retraites, aux indemnités en cas d’arrêt-maladie, ou encore à l’assurance-chômage, elles sont versées de façon universelle, à toutes les familles résidant en France», rappelle le quotidien les Echos ce vendredi.

Le patron du Medef, Pierre Gattaz, qui s'est dit mercredi prêt à participer activement au «pacte de responsabilité» aux entreprises proposé la veille par François Hollande, avait promis à l’automne la création d’un million d’emplois sur cinq ans contre des baises de charges supplémentaires.

Son père Yvon Gattaz , patron du CNPF, l’ancêtre du Medef, avait déjà promis dans les années 80 la création de 471.000 emplois nouveaux à contraintes allégées moyennant la suppression de l’autorisation administrative de licenciement. En vain, souligne l’économiste Michel Abhervé, blogueur à Alternatives Economiques.

Pas de transfert vers les ménages, réclame la CFDT

«Cela fait trente ans que le Medef dit: "Baissez le coût du travail, on créera de l'emploi". Nous ne sommes pas opposés à un débat sur le coût du travail. Mais la CFDT n'admettra pas que la réforme se résume à transférer des charges des entreprises vers les ménages. Il n'est pas question de donner un chèque en blanc au patronat. Nous voulons des engagements fermes et chiffrés, les paroles ne suffisent pas», tonne, dans les Echos, Véronique Descacq de la CFDT.

A priori, si le gouvernement baissait les charges des entreprises, cette diminution des recettes devrait être compensée par des économies sur la dépense publique. Il a en effet promis de ne plus augmenter les impôts.