Pour qui la courbe du chômage s’inverse-t-elle vraiment?

SOCIAL Si les jeunes s’en sortent un peu mieux, les seniors et les chômeurs de longue durée écopent...

Mathieu Bruckmüller

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Illustration: Pôle emploi.
Illustration: Pôle emploi. — GILE MICHEL/SIPA

«L’inversion de la courbe du chômage, sur laquelle je me suis engagé, est bien amorcée.» Le communiqué de la présidence de la République envoyée aux rédactions jeudi à 18h22 peu après l’annonce d’une hausse de 17.800 du nombre de chômeurs en catégorie A au cours du mois de novembre fait une lecture pour le moins optimiste des chiffres publiés par le ministère du Travail.

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Faire passer une hausse pour une baisse

Car à première vue, l’analyse du chef de l’Etat fait passer une augmentation des personnes sans emploi pour une baisse. Pour réussir sa démonstration, il invite les Français non pas à regarder la tendance du chômage sur un mois, mais sur plusieurs. Et pour cause, en octobre, Pôle emploi dénombrait 20.600 chômeurs de moins.

«L’évolution est passée de +30.000 par mois au premier trimestre 2013, à +18.000 par mois au deuxième, puis à +5.500 par mois au troisième trimestre. Et sur les deux derniers mois, c’est une baisse moyenne de 1.350 du nombre des inscrits qui est enregistrée», se félicite François Hollande. Même si le chômage a crû de 5,6% sur un an, sa progression ralentit et a même connu un coup d’arrêt en additionnant les données d’octobre et de novembre.

«Une bataille de chaque jour», dit Hollande

Mais le locataire de l’Elysée, qui s’est engagé en septembre 2012 sur une inversion durable de la courbe du chômage d’ici la fin 2013, n’aura gagné son pari qu’à deux conditions: que les chiffres de décembre attendus pour le 27 janvier soient orientés à la baisse, et surtout que la bonne nouvelle se poursuive à moyen terme. «Ce mouvement pour être significatif doit se poursuivre mois après mois. C’est une bataille de chaque jour», reconnaît François Hollande.

Et à ce jour, elle a déjà porté ses fruits chez les jeunes. Au-delà de la remontée de novembre (+2.300), le chômage chez les moins de 25 ans a diminué de 4,1% depuis avril, soit 23.000 jeunes demandeurs d’emploi en moins, grâce notamment au renfort des contrats aidés avec 100.000 emplois d’avenir signés.

En revanche, deux catégories ne voient pas la lumière au bout du tunnel. Le chômage des plus de 50 ans a encore progressé de 1,3% en novembre, portant le bond sur un an à 11,7%. La situation est également très délicate pour les chômeurs de longue durée. Plus de deux millions de personnes sont sans emploi depuis au moins un an (+13,4% au cours des douze derniers mois). Parmi elles, ceux qui sont au chômage depuis plus de trois ans sont désormais près de 600.000 (+17,4% en un an).

Pour lutter contre ce fléau, le ministre du Travail, Michel Sapin, souhaite centrer l’année prochaine les contrats aidés -450.000 ont été signés en 2013- sur les personnes de plus de 50 ans et les chômeurs de longue durée.