Déblocage de l’épargne salariale : Pourquoi la mesure de François Hollande fait un bide

Mathieu Bruckmüller

— 

 Les Français sont les champions de l'épargne
 Les Français sont les champions de l'épargne — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Cinq jours. C’est le temps qu’il vous reste pour profiter du déblocage exceptionnel anticipé de votre épargne salariale, nette d’impôt, et ce jusqu’à hauteur de 20.000 euros. Mais à ce jour, il faut bien dire que la mesure annoncée par le chef de l’Etat au printemps pour booster une consommation des ménages chancelante n’a pas eu l’effet escompté. «Ce déblocage n’atteint pas réellement un montant suffisant afin de relancer la demande intérieure française», souligne le Cercle des épargnants.

Près de 95 milliards d’euros d’épargne salariale…

Au final sur les 94,6 milliards d’euros d’épargne salariale recensés au mois de mai, moins de trois milliards d’euros auront été retirés, entre le 1er juillet et le 31 décembre, pour financer l’achat de biens, en particulier dans le secteur automobile, ou de prestations de services. L’exécutif en attendait deux fois plus. Au final, le déblocage version Hollande sera nettement inférieur aux 3,5 milliards sortis en 2008 et encore plus des quelques 7 milliards d’euros récoltés entre 2003 et 2004.

Plusieurs raisons expliquent ce bide. Tout d’abord un aspect technique. L'épargne salariale bénéficie à 9 millions de salariés qui représentent les 2/3 des employés du privé. Elle est versée sous la forme de prime de participation aux bénéfices, obligatoire dans les entreprises de plus de 50 salariés ;  de versement sur un Plan d'épargne entreprise (PEE) ou ; sur un Perco (Plan d'épargne pour la retraite collectif). Or le déblocage exceptionnel exclut de récupérer les sommes versées sur un Perco.

…Surtout là pour les vieux jours

En fait, il semble que les bénéficiaires de l’épargne salariale veulent avant tout la conserver pour financer leurs vieux jours. Selon un récent baromètre mené par Natixis Interépargne, pour 60% des sondés ce dispositif est avant tout là comme «complément de revenu pour leur retraite», contre 48% en 2012.

A la place les ménages préfèrent toucher à un autre bas de laine : le livret A dont les retraits ont été supérieurs aux dépôts en novembre, pour le troisième mois de suite, portant la décollecte  à 3,8 milliards d’euros sur cette période. «L’échec relatif du déblocage de l’épargne salariale est, en partie, compensé par ce mouvement de sortie de l’épargne de précaution», abonde le Cercle des épargnants.

Et puis, il faut bien le dire, ce déblocage de l’épargne salariale a en partie ratée sa cible. Ceux qui en bénéficient le plus se trouvent surtout dans les grands groupes. Or ce ne sont pas les ménages qui ont forcément le plus besoin de liquidités à très court terme, mais plutôt les chômeurs et les travailleurs à temps partiel.