Vente de médicaments sans ordonnance en supermarchés: «Il s'agit d’une libéralisation encadrée»

RÉACTIONS e monopole des officines pourraient prendre fin en 2014…

Bertrand de Volontat

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Paris le 31 janvier 2011. Illustration de médicaments contre le mal de tête, la grippe, la fièvre, dans une pharmacie.
Paris le 31 janvier 2011. Illustration de médicaments contre le mal de tête, la grippe, la fièvre, dans une pharmacie. — A. GELEBART/20 MINUTES

Comme les opérateurs télécoms, comme les opticiens, les pharmaciens voient leur empire vaciller. Ce jeudi, l'Autorité de la concurrence a rendu un avis favorable à la vente de médicaments sans ordonnance en grande surface. «Nous nous félicitions de cet avis, nous explique Mathieu Escot, de l’association UFC-Que Choisir. Nous espérons que cette proposition soit incluse dans le projet de loi consommation de Benoît Hamon.» En 2008 déjà, la commission Attali avait suggéré de libéraliser le secteur des médicaments non remboursables.

La ministre de la santé Marisol Touraine s’est pour sa part immédiatement opposée à cet avis, réaffirmant «son attachement au monopole officinal sur les médicaments».  

Une libéralisation encadrée viable?

«Il s’agit d’une libéralisation encadrée, c'est-à-dire que les médicaments sortent des pharmacies, mais qu’un espace à part sera consacré dans les supermarchés ou via des parapharmacies, poursuit Mathieu Escot. Le paiement se fera aux personnes en charge et non à la caisse.» L’ordre des pharmaciens s’oppose totalement à cette mesure, même avec un pharmacien présent dans les supermarchés.

Notamment parce que selon Isabelle Adenot, présidente de l’Ordre national des pharmaciens, interrogée par 20 Minutes, «avec la crise, les Français se privent de soin de soins et viennent dans les pharmacies se faire ausculter». L’automédication explose, les médicaments vendus sans ordonnance ont représenté en 2012 un marché de presque 2,2 milliards d'euros, en pleine croissance. «Pourtant, en pharmacie, les prix ne bougent pas,  assure la présidente. En supermarché, il y aura une logique de vendre toujours plus».

Une véritable baisse des prix?

La rupture du monopole officinal aurait un impact fort. Les supermarchés seront moins chers mais les pharmaciens ont déjà baissé leurs prix, reconnaît toutefois l’UFC. «En 2012, nous avions calculé qu’une libéralisation du marché entraînerait 16,3% d’économies sur l’automédication, soit 270 millions d’euros de pouvoir d’achat supplémentaire», affirme Mathieu Escot.

Or, la France est déjà 46 à 48% moins chère sur ses produits vendus en pharmacie qu’en Italie, qui a déjà libéralisé son marché, assure l’Ordre des pharmaciens. «De plus, en France, les prix des préservatifs sont plus cher de 30% dans les grandes surfaces que dans nos pharmacies, affirme Isabelle Adenot. Alors pourquoi les prix des médicaments baisseraient dans les supermarchés ? D’autant que le prix en pharmacie évolue beaucoup moins vite que le cours de la vie».

Dangereux pour les pharmacies ?

«Les bénéfices des pharmaciens ne baisseront que de 5% et cela ne fera pas directement fermer des pharmacies», assure l’UFC. Mais «l’Autorité de la concurrence a conscience que le réseau serait fragilisé», analyse Isabelle Adenot, car elle propose en contrepartie aux pharmacies le droit de vendre de nouveaux produits, pour compenser la perte réalisée sur les médicaments. En somme, «les supermarchés deviennent des pharmacies et les pharmacies des supermarchés», ironise la présidente.