La mixité des métiers encore à la traine

Delphine Bancaud

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Une assistante maternelle et des enfants.
Une assistante maternelle et des enfants. — DURAND FLORENCE/SIPA

Auxiliaire de puériculture, un métier de femmes. Ingénieur, une profession d’hommes. Selon une étude de la Dares publiée ce vendredi en avant première par 20 Minutes, la répartition des sexes par métier est encore très inégale. Près de la moitié des femmes se concentrent dans une dizaine des métiers (aide à domicile, assistante maternelle, agent d’entretien, enseignant…). Alors que la répartition des hommes est plus dispersée: les dix professions qui concentrent le plus d’hommes n’emploient que 31% d’entre eux.  Et selon cette étude, en 2011, il aurait fallu qu’un peu plus de la moitié des femmes ou des hommes changent de métier pour aboutir à une répartition égalitaire des sexes dans les différents métiers.

Une situation qu’explique aisément la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem. «Ce qui crée la non-mixité ce sont ces représentations collectives des différents métiers qui sont souvent très datées, reproduites et confortées et qui conduisent à de l'autocensure chez les femmes et chez les hommes, à l'égard de certaines activités dont ils considèrent qu'elles ne sont pas pour eux : la petite enfance et les métiers du soin pour les hommes, les métiers techniques ou d'ingénieur pour les femmes... ». La ministre concède aussi le fait que les pouvoirs publics n’ont pas suffisamment investi ce chantier.

Des petits progrès ont été cependant réalisés depuis trente ans, puisque l’indice de «ségrégation professionnelle» qui mesure la distance entre les répartitions des hommes et des femmes selon les métiers a diminué de quatre points. Un repli qui s’explique par le recul de certains emplois «très féminisés» tels que les agents d’entretien, les secrétaires et les ouvriers du textile. Le développement de la mixité des emplois de cadres de la fonction publique, de cadres dans le secteur de la banque et des assurances, des fonctions commerciales et des professionnels de l’information a aussi joué un rôle.

Des impacts lourds pour la société

Reste que ces avancées ont été trop lentes et que la non-mixité des métiers a des conséquences économiques lourdes pour les femmes, comme le souligne Najat Vallaud-Belkacem: «Elle explique pour l'essentiel le différentiel de salaires entre les hommes et les femmes dans notre pays (les fameux 27%...)». Sans oublier les impacts sociétaux : «Quant aux hommes, leur trop faible présence dans les métiers de la petite enfance par exemple conforte le préjugé selon lequel c'est aux femmes seules qu'il revient de s'occuper des enfants... », insiste la Ministre.

Pour endiguer ce phénomène, le gouvernement veut actionner plusieurs leviers: «D’abord la formation initiale et continue avec le nouveau service public de l'orientation qui met la mixité au cœur de ses missions, ou encore les réformes en préparation de la formation continue et de l'apprentissage» , explique la ministre. Des actions mixité seront aussi engagées dans la fonction publique sur les métiers de la petite enfance, ceux du grand âge, de la sécurité civile, de l’équipement, du développement durable et de l’énergie. «Avec le secteur privé, nous profitons de notre rôle de donneur d'ordre public pour fixer des objectifs en la matière dans les contrats passés avec les entreprises», précise aussi Najat Vallaud-Belkacem.

Enfin en 2014, une grande campagne de communication sera également lancée pour casser les stérérotypes sur les métiers. Car «il n’y a pas de fatalité», insiste la ministre.