La charte de la diversité a-t-elle changé les pratiques des entreprises?

ENTREPRISES Dans le «Bilan diversité» publié ce jeudi, de 1.300 entreprises signataires de la charte de la diversité ont démontré que leur engagement avait eu un impact sur leurs pratiques de recrutement et de gestion de carrière...

Delphine Bancaud

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En 2010, la charte de la diversité a été signée par  Michel Boyon,  President du Conseil superieur de l'audiovisuel (CSA) et plusieurs médias.
En 2010, la charte de la diversité a été signée par  Michel Boyon, President du Conseil superieur de l'audiovisuel (CSA) et plusieurs médias. — MEIGNEUX/SIPA

Signifier l’engagement des entreprises dans la lutte contre les discriminations. Tel était l’objectif de la Charte de la diversité, née en 2004 sous l’impulsion de Claude Bébéar et de Yazid Sabeg. Neuf ans plus tard, voici venue l’heure des comptes. Plus de 1.300 entreprises signataires sur 3.000 se sont prêtées à un retour d’expériences, compilées dans le «bilan diversité» publié ce jeudi. L’occasion de constater que pour beaucoup d’entre elles, la signature de la charte de la diversité n’est pas restée qu’une déclaration de bonnes intentions, même si son impact n'a pas été aussi fort dans tous les domaines.

Car selon l’étude, 90% des entreprises signataires ont mené des actions en faveur de la diversité, notamment en faveur de l’égalité professionnelle, du handicap et des seniors. Résultats: leurs effectifs reflètent mieux la diversité que dans les entreprises non signataires de la charte car ils comptent 33% de femmes cadres (contre 30% dans les autres sociétés), 6% de travailleurs handicapés (contre 3 %) et 22 % de seniors (contre 21%). «Ces trois domaines ont été portés par la législation, car la majorité des entreprises ont eu l’obligation de conclure des accords ou des plans d’actions sur ces thématiques. Mais ces actions ont eu un effet boule de neige et les ont incité à s’ouvrir à d’autres sujets comme l’orientation sexuelle ou le fait religieux», explique Fella Imalhayene, secrétaire générale de la charte de la diversité. En parallèle, la sensibilisation des salariés a gagné du terrain. «Après avoir formé leur direction à la lutte contre les stéréotypes, les entreprises sensibilisent désormais les managers et même les collaborateurs», informe Fella Imalhayene.

Les actions en faveur des habitants des quartiers à la traine

Un bémol cependant: seules 23 % des entreprises signataires de la charte ont initié des actions en faveur des habitants des quartiers prioritaires de la ville. Un chiffre qui n’a pas évolué depuis quatre ans. «Elles ont encore besoin d’être accompagnées pour cibler les personnes de ces quartiers qu’elles pourraient embaucher ainsi que pour les préparer à une prise de poste», souligne Fella Imalhayene. Et seulement 38% des entreprises affirment travailler sur la thématique des minorités visibles. «Les stéréotypes les concernant ont encore la vie dure», constate Fella Imalhayene. «Les signataires de la charte ne sont pas exemplaires et ne sont pas à l’abri d’une plainte pour discrimination, mais elles avancent», ajoute-t-elle. Car construire une politique diversité efficace met des années.

Mais quelles que soient leurs progrès, les entreprises semblent avoir tiré des bénéfices à long terme de leur engagement. Ainsi 48% des entreprises signataires déclarent que cette démarche leur a permis d’améliorer leur  gestion des ressources humaines, de mieux respecter la loi et de réduire les risques juridiques. Et une sur trois attend même un impact de sa politique diversité sur l’amélioration de la performance économique. «Un centre d’appel qui a recruté des seniors et des jeunes des quartiers a ainsi constaté qu’ils étaient plus fidèles et plus motivés que d’autres salariés. Du coup, il affiche un turn over de 8 % au lieu de 20 % dans les autres centres d’appels. Ce qui lui évite des frais de recrutement et de formation. Son engagement lui a aussi permis de se faire connaître auprès de grands donneurs d’ordre et de remporter des marchés», explique Fella Imalhayene. Leur démarche diversité les a rendu aussi plus attractive aux yeux de certains candidats «car le sentiment que tout le monde peut être discriminé un jour est désormais très partagé», conclue-t-elle.