LeWeb’13: Arnaud Montebourg fait son show au salon high-tech

Anaëlle Grondin

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Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, à la conférence LeWeb, le 12 décembre 2013.
Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, à la conférence LeWeb, le 12 décembre 2013. — A.G. / 20 Minutes

Un seul ministre devait faire le déplacement à LeWeb cette année, Fleur Pellerin, en charge de l’Economie numérique. Mais finalement, ce sont deux ministres qui interviennent ce jeudi au salon qui réunit start-up et grands décideurs de la Silicon Valley. Arnaud Montebourg s’est invité. Le ministre du Redressement productif a fait changer le programme à la dernière minute pour pouvoir faire son show, aux côtés de deux investisseurs de la Silicon Valley.

«On a un kilo de lois, les gens se demandent quels sont leurs droits»

Interrogé par ces investisseurs sur d’éventuelles réformes à venir en France pour permettre aux entreprises de croître, Arnaud Montebourg n’a cessé de marteler à quel point la France était «un pays très innovant». «Nous avons des entreprises comme Dassault Systèmes. Ce n’est pas incompatible avec les lois françaises», a-t-il dit. Le ministre a tout de même ajouté: «Le problème, je dirais, c’est de se demander "que peut-on faire pour les start-up?"». 

Avant d’évoquer le «choc de simplifications», la politique consistant à simplifier les démarches administratives mise en œuvre par l’Etat. La paperasserie reste un fardeau pour les entreprises, qui ne savent pas toujours ce à quoi elles ont droit pour pouvoir se développer. «On a un kilo de lois, les gens se demandent quels sont leurs droits», a reconnu Arnaud Montebourg.

«Yahoo a tué les start-up qu’il avait rachetées» 

Souvent critiqué parce qu’il prône le protectionnisme, le ministre du Redressement productif, venu avec une quantité impressionnante de fiches, s’est exclamé ce jeudi: «Nous ne sommes pas Californiens, nous sommes Français! Dans notre tradition nous devons aider mais aussi protéger les entrepreneurs. Il faut trouver le bon équilibre, discuter». «Cela n’a pas empêché la France d’être un pays innovant, a-t-il répété. On devrait ajouter "créativité" à "liberté, égalité, fraternité".»

Arnaud Montebourg est revenu une énième fois sur l’affaire Yahoo-Dailymotion, qui avait fait grand bruit en mai dernier. Il s’était opposé à la vente à 100% de la plateforme française de vidéo au géant américain. Il continue de tacler Yahoo aujourd’hui: «Ce n’était pas un bon deal. Yahoo a tué les start-up qu’il avait rachetées. Dailymotion s’associera avec un de ses concurrents respectables.»

Des bâtons dans les roues des entreprises innovantes

Sans surprise, le ministre a aussi été interrogé sur Uber, l’application qui permet de localiser rapidement et réserver un chauffeur privé, cauchemar des taxis. Le gouvernement envisage de contraindre les voitures de tourisme avec chauffeur (VTC) à attendre quinze minutes entre la réservation de la course et la prise en charge du client. Accusé de ne «pas aider les entreprises innovantes» (ici Uber), Arnaud Montebourg a rétorqué que cette contrainte des quinze minutes était «un bon compromis pour ne pas brusquer les gens (ici les taxis) avec des changements trop rapides». Là encore, «on doit trouver un équilibre», a répondu le ministre, en se défendant: «On ne dit pas que le service est interdit. (...) Il faut faire attention lorsque vous attaquez un secteur où la régulation est installée de longue date».

Avant de quitter LeWeb, Arnaud Montebourg a été amené à réagir sur l’article 13 de la Loi de programmation militaire adoptée par le Parlement mardi soir. Décrié par les acteurs du Net, il est destiné à renforcer l'accès des services de renseignements intérieurs, de police et de gendarmerie aux données téléphoniques et informatiques, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée. A ce sujet, le ministre du Redressement productif a déclaré: «Nous avons calqué le système d’interceptions sur Internet sur celui des écoutes téléphoniques. En 2006 a été créée une autorité baptisée Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité, chargée de vérifier a posteriori la légalité des autorisations d'écoutes téléphoniques. Son rôle va désormais être étendu à ce qui se passe sur Internet. (…) Il y avait un vide juridique, qui est comblé, on peut considérer que c’est un progrès».