VIDEO. Droit du travail: Mattel ne joue pas le jeu en Chine

SOCIAL Les ONG Peuples solidaires et China Labor Watch ont mené une action de rue surprise ce mardi pour dénoncer les conditions de travail des sous-traitants chinois du leader mondial du jouet...

Claire Planchard / Video: Jonathan Duron

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Les ONG Peuples solidaires et China Labor Watch ont mené mardi 10 décembre 2013 une action de rue surprise à Paris pour dénoncer les conditions de travail des sous-traitants chinois du leader mondial du jouet Mattel.
Les ONG Peuples solidaires et China Labor Watch ont mené mardi 10 décembre 2013 une action de rue surprise à Paris pour dénoncer les conditions de travail des sous-traitants chinois du leader mondial du jouet Mattel. — Alexandre GELEBART/20MINUTES

«Facilement manipulable, exploitable à souhait, elle travaille 13 heures par jour pour à peine 12 centimes d’euros par poupée». «Et en plus aucun risque qu’elle se plaigne car il n’y a pas de liberté syndicale en Chine!». Voilà les gages de la «rentabilité maximum» de la nouvelle «Barbie ouvrière de Mattée», présentée ce mardi matin à Paris par l’ONG Peuples Solidaires. Boîte et poupée de 2 mètres de haut et bonimenteur à la clé, cette opération médiatique visait à relayer le dernier rapport accablant publié en octobre par l’ONG China Labor Watch (CLW) après six mois d’enquête incognito dans les usines de six fournisseurs chinois de Mattel (Barbie, Fisher Price, Polly Pocket, Monster High, etc.).

Jusqu’à 100 heures supplémentaires par mois

M. Zhang, un enquêteur de CLW,  qui a passé un mois en août dernier comme ouvrier dans une l’usine Baode de Shenzhen (province de Guangdong), avait même fait le déplacement en France ce mardi pour témoigner: «Je gagnais 1.600 yuans (192 euros) alors que le salaire moyen dans la région est de 5.000 yuans et près d’un tiers du salaire était directement prélevé à la source pour payer la cantine et le dortoir sans climatisation ni eau chaude ni matelas. Les heures de travail variaient selon la demande mais pouvaient atteindre 11h/j, 7j/7», raconte-t-il.

«Nous avons recensé au moins dix violations des droits du travail chinois: salaires insuffisants pour vivre, heures supplémentaires excessives, cotisations sociales impayées, et sortie incendies condamnées, etc.», raconte Kevin Slaten, porte-parole de China Labor Watch également présent ce mardi à Paris. Selon ses calculs, chaque année, 8 à 11 millions de dollars sont ainsi «volés» aux travailleurs chinois. Pour l’ONG, la multinationale américaine qui compterait une centaine de fournisseurs est directement responsable de cette situation.

Pression concurrentielle maximale

«Mattel fait pression en leur demandant des prix toujours plus bas. Comme ils ne peuvent pas réduire le coût du foncier ou celui du plastique, ils réduisent ceux du travail», note Mike Slaten. Sinon plus de contrats. «Contrairement à la production l’électronique concentrée dans quelques grandes usines sous-traitants donc difficile à transférer rapidement, celle des jouets peut bouger très vite dans des petites fabriques», note le porte-parole de CLW. Résultat: «dans ce secteur, non seulement les conditions de travail sont mauvaises mais elles régressent depuis quinze ans», alerte Fanny Gallois, responsable de campagnes chez Peuples solidaires.

Si Mattel s’attire les foudres des ONG c’est aussi parce que le groupe a présenté un code de bonne conduite dès 1997 avant de s’en éloigner. «Jusqu’en 2008, le groupe confiait les audits de ses usines à un organisme indépendant et publiait ses rapports sur son site. Mais face aux critiques, il s’en est séparé. Il les confie désormais à la Fédération internationale du jouet (ICTI) et ne donne aucune information», raconte Marie-Claude Hessler, juriste et actionnaire militante chez Mattel.

Face à ces accusations, Mattel, qui affichait 777 millions de dollars de bénéfices en 2012, reste imperturbable. Alors que CLW attend toujours sa réponse, un porte-parole du groupe a réagi mi-octobre dans le Wall Street Journal en déclarant «prendre le bien-être de ses fabricants très aux sérieux» que le groupe «se réservait le droit de mettre fin aux contrats avec des entreprises qui violeraient son code de conduite ». Contacté par 20 Minutes, Mattel Inc. n’était pas disponible dans l’immédiat pour réagir.