Blues des fonctionnaires: «Il faut que ce soit plus facile de licencier les planqués»

TÉMOIGNAGES nternautes de «20 Minutes» et fonctionnaires, ils pointent toutes les failles de la fonction publique...

Christine Laemmel

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GILE MICHEL/SIPA

Lenteur de l’administration, fainéantise des fonctionnaires, moyens limités… Les reproches et les préjugés sur les services publics sont nombreux dans la bouche des Français. Qu’en pensent les intéressés? Alors que des négociations s’ouvrent le 9 décembre avec Marylise Lebranchu, ministre de la Réforme de l’Etat, de la Décentralisation et de la Fonction publique, les internautes fonctionnaires décrivent une Fonction publique viciée de la tête aux pieds.

Alexandra est décidée à faire exploser la fourmilière. Non, les «planqués» de la Fonction publique, «ce n’est pas un mythe». Responsable aux services techniques d’une mairie du Haut-Rhin, elle assure que «certains ne sont même pas motivés quand on leur fait miroiter des primes», stupéfaite.Sans aucune motivation que celle d’arriver et partir à l’heure, «sans aucune notion de ce qu’est le service public, être disponible, agréable».

Intransigeante, Alexandra aimerait pouvoir s’en débarrasser. «Il faut que ce soit plus facile de les licencier», n’hésite-t-elle pas à réclamer. Car la situation actuelle décourage les autres, «pressés comme des citrons (…) et qui trouvent ça dégueulasse d’avoir le même salaire», nous dit-elle impuissante. «On ne peut rien leur dire», alors elle se contente d’affecter «les mauvais éléments» à une autre tâche, un autre service.

«On met en place des généralistes interchangeables et pas des spécialistes»

Pourtant, dans sa mairie, le recrutement pourrait éviter de miser sur le mauvais cheval. Puisque ce n’est qu’après trois mois de contrat temporaire, puis encore un an, que la personne est titularisée. Sauf que c’est encore un labyrinthe, «où on se retrouve avec des agents du Trésor public sans notion comptable et des secrétaires qui refusent de s’occuper de l’état civil», des aberrations.

Alors par quel bout prendre le problème? Difficile à dire quand on voit que les erreurs de casting touchent aussi les têtes pensantes des établissements. Exemple à l’hôpital, où la déconnexion entre direction et personnels est flagrante, selon Julien, contrôleur de gestion en Pays de la Loire. «On met en place des généralistes interchangeables et pas des spécialistes», regrette cet internaute de 34 ans. Julien fustige l’entrée par concours, enfermant les postes de direction dans un «moule», définissant «un grade, celui d’ingénieur et non un métier, la fonction hospitalière».

La solution pourrait venir de la promotion des bons éléments. Sauf que la mécanique d’avancement traîne la patte. Loïc est gardien de la paix; en poche, il a un diplôme de catégorie B. Grâce auquel il attend toujours de changer de grade. Depuis sept ans. «Je trouve ça stupide, lâche cet internaute, ils continuent de faire passer l’examen mais on ne peut pas tous être gradés dans le commissariat!»

«Pas de participation, pas de treizième mois, pas de tickets restaurants»

Ce statut donnerait à Loïc quelques dizaines d’euros par mois, «un petit plus» niveau salaire. Définitivement, tous les internautes interrogés prient les Français d’arrêter de croire qu’ils sont «privilégiés». En tant qu’agent de catégorie C, les salaires donnés ne dépassent pas 1.700 euros, et encore pour un secrétaire avec 40 ans de carrière. Carole, adjointe de laboratoire dans un lycée, précise: «Nous n’avons droit ni à une participation, ni à un treizième mois, ni à des tickets restaurants.». Ni «de primes sur les procès-verbaux» pour les policiers, précise Loïc, «comme le pensent certains». Niveau précarité, Nathalie, psychologue contractuelle (les CDD de la Fonction publique) dans un Centre d’information et d’orientation (CIO), est vernie: «stressée chaque été, sans savoir si on sera là à la rentrée.»

Couplée au manque de moyens sur le terrain, la faiblesse des salaires n’est pas près de «donner envie aux jeunes de se diriger vers la Fonction publique»,comme le souhaite Marylise Lebranchu, ni de redonner confiance dans l’administration. Et quand on dit à Loïc que six Français sur dix sont en faveur de la réduction le nombre de fonctionnaires, il bondit: «A force d’enlever des fonctionnaires, ça ne sert à rien d’espérer de la qualité.»