Rémunération: «Les grands patrons veulent être traités comme des fonctionnaires»

INTERVIEW Gérard Cornilleau, directeur adjoint au département des études de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) revient sur la polémique de la retraite-chapeau du patron de PSA...

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller

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Le président du directoire de PSA, Philippe Varin, devrait s'entretenir à la mi-journée avec le ministre français de l'Industrie Eric Besson, bien que l'Etat français ne soit pas actionnaire du groupe.
Le président du directoire de PSA, Philippe Varin, devrait s'entretenir à la mi-journée avec le ministre français de l'Industrie Eric Besson, bien que l'Etat français ne soit pas actionnaire du groupe. — Eric Piermont afp.com

Les 21 millions d’euros que PSA pourrait verser à Philippe Varin, son actuel président du directoire qui quittera le constructeur en 2014, sucite une vague d’indignation dans la classe politique. Même le principal intéressé dit «comprendre» les réactions suscitées, mais précise qu'elles «reposent sur des idées fausses». 20 Minutes a interrogé l’économiste Gérard Cornilleau, directeur adjoint au département des études à l’OFCE.

Faut-il s’indigner de la retraite-chapeau du patron de PSA?

La retraite-chapeau de M. Varin n’est pas choquante en soi. Cela lui permettra d’avoir un revenu avec un taux de remplacement pour sa retraite plus proche de celui de la fonction publique (aujourd'hui proche de 75% nldr) que de celui auquel il aurait eu droit dans le cadre des retraites du secteur privé. D'une certaine manière les grands patrons veulent être traités comme des fonctionnaires et avoir une retraite confortable. Cela se défend et dans le cadre de la réforme des retraites votée définitivement hier par l’Assemblée, il aurait peut-être été bon de faire en sorte que le niveau de pension de l’ensemble des retraités ne soit pas tiré de plus en plus vers le bas, mais par le haut en l’alignant sur celui qui prévaut dans le public.

Le cas de Philippe Varin est-il isolé?

Il faut savoir que les retraites-chapeau sont très courantes dans les grandes entreprises pour les membres des comités de direction, mais aussi pour nombre de cadres dirigeants. Le cas de M. Varin n’a donc rien de scandaleux.

Alors comment éviter ce genre de polémique?

Au lieu de se focaliser sur les retraites-chapeau, il vaudrait mieux agir pour limiter la rémunération des grands patrons du privé comme le gouvernement l’a fait dans le public. Il y a des niveaux de rémunération en France au sein du CAC 40 qui dépassent les limites de l’acceptable. Mais l’exécutif a préféré laisser le patronat, à travers le Medef et l’Afep, organiser une autolimitation avec un code de gouvernance renforcé aux résultats jusqu’ici très limités.