Ryanair débarque en force à Bruxelles, coup de tonnerre dans le ciel européen

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La compagnie aérienne à bas coûts irlandaise Ryanair a provoqué mercredi un coup de tonnerre dans le ciel européen en annonçant l'ouverture d'une base à Bruxelles, cause d'inquiétudes pour ses concurrents et pour les aéroports régionaux comme celui de Charleroi.
La compagnie aérienne à bas coûts irlandaise Ryanair a provoqué mercredi un coup de tonnerre dans le ciel européen en annonçant l'ouverture d'une base à Bruxelles, cause d'inquiétudes pour ses concurrents et pour les aéroports régionaux comme celui de Charleroi. — Jorge Dirckx Belga

La compagnie aérienne à bas coûts irlandaise Ryanair a provoqué mercredi un coup de tonnerre dans le ciel européen en annonçant l'ouverture d'une base à Bruxelles, cause d'inquiétudes pour ses concurrents et pour les aéroports régionaux, jusqu'ici privilégiés.

Dès février 2014, quatre avions de Ryanair desserviront 10 destinations au départ de l'aéroport de Zaventem, dans la proche périphérie de Bruxelles, qui devrait accueillir 1,5 million de passagers supplémentaires par an, a expliqué lors d'une conférence de presse à Bruxelles le PDG de Ryanair, Michael O'Leary.

Les dix nouvelles lignes, qui visent une «clientèle d'affaires» et les «escapades en famille», desserviront Barcelone, Alicante, Ibiza, Malaga, Palma de Majorque et Valence en Espagne, Rome et Venise en Italie, ainsi que Lisbonne et Porto au Portugal, à raison de quelque 200 vols par semaine au total.

Elles entreront en concurrence avec celles d'opérateurs «low cost», comme l'espagnole Vueling, qui doit porter à une dizaine ses destinations au départ de Bruxelles au printemps prochain, dont Venise, Rome et Barcelone. Pour Easyjet, la concurrence devrait être moins rude puisque les destinations desservies ne sont pas les mêmes.

Mais ce sont surtout les compagnies traditionnelles comme la belge Brussels Airlines (ex-Sabena) et l'italienne Alitalia qui peuvent craindre le nouvel arrivant sur leur terrain de prédilection, celui des grands aéroports internationaux et de la clientèle professionnelle.

«Nos tarifs seront deux fois moins chers, et s'ils (Alitalia et Brussels Airlines) baissent leurs prix, nous baisseront à nouveau les nôtres et nous resteront deux fois moins chers», a claironné Michael O'Leary.

Offre de collaboration immédiatement rejetée

Puisque les compagnies historiques «diminuent drastiquement leurs offres» sur les vols intérieurs ou moyen-courriers, Ryanair se propose de les remplacer pour acheminer les voyageurs vers les aéroports d'où partent les longs courriers, a expliqué M. O'Leary.

Le patron irlandais se pose pratiquement en «sauveur» de ces compagnies et des aéroports internationaux. Mardi, en annonçant l'ouverture d'une base à Fiumicino, principal aéroport de la capitale italienne, Ryanair a même proposé une collaboration formelle à Alitalia, qui l'a aussitôt rejetée.

Alitalia, bien qu'au bord de la faillite, «tient à rappeler qu'elle possède sa propre stratégie, son plan industriel, sa flotte et ses propres équipages qui lui permettent d'avoir les flux nécessaires pour alimenter les liaisons internationales et intercontinentales en partance de Fiumicino», a-t-elle assuré.

Il ne suffira pas à Ryanair de «paraître pour vaincre», a réagi de son côté le président du conseil d'administration de Brussels Airlines, Etienne Davignon, en pointant les frais plus élevés à Bruxelles qu'à Charleroi. Mais il a aussi dénoncé les avantages dont bénéficie Ryanair en appliquant à son personnel la législation sociale irlandaise, bien plus avantageuse que les règles belges imposées à Brussels Airlines.

L'arrivée de Ryanair à Bruxelles n'a pas été accueillie avec plus d'enthousiasme par les responsables du premier aéroport belge, qui n'en avaient pas été avertis. «Mais ce n'est pas un problème car Zaventem est un aéroport à moitié vide», a lancé le bouillant patron irlandais.

L'homme d'affaires, qui a bousculé le ciel du Vieux continent en une vingtaine d'années, sait aussi que les règles européennes empêcheraient de toutes façons les dirigeants des grands aéroports de s'opposer à sa venue.

Millions de passagers

S'il mise maintenant sur les «hubs» (plate-forme de correspondance) comme Bruxelles, Rome, Barcelone ou Lisbonne, Ryanair ne renonce pour autant pas aux aéroport régionaux, aux tarifs réduits et bénéficiant souvent de généreuses aides publiques, qui ont fait son succès depuis sa création en 1994.

C'est le cas notamment de sa principale base en Belgique, située à Charleroi --à mi-chemin de Bruxelles et de Lille-- qui «continuera à croître», selon Michael O'Leary. La venue de la «low cost» a fait de ce petit aéroport de province qui sommeillait au début des années 2000 un lieu de passage pour 6,5 millions de passagers par an, majoritairement belges mais aussi français ou néerlandais.

Les autorités régionales wallonnes, d'abord inquiètes, se sont dites mercredi soulagées, parce que les vols de Ryanair resteront moins chers à Charleroi qu'au départ de la capitale belge. Elles évalueront toutefois la semaine prochaine avec Michael O'Leary les projets de nouvelle extension de l'aéroport wallon.