Pourquoi le travail à temps partiel se conjugue-t-il au féminin?

Delphine Bancaud

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Jeune femme à son bureau.
Jeune femme à son bureau. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

C’est un apanage dont les femmes se serait bien passé. Selon une étude du Conseil économique, social et environnemental (Cese) publiée ce lundi, les emplois à temps partiel sont occupés à 82,5% par les femmes. Et 31% des salariées en France travaillent à temps partiel contre 6,6% des hommes.

Une situation d’abord liée au type d’emplois exercés par les femmes: «Elles travaillent majoritairement dans le secteur des services (distribution, restauration, services à la personne, propreté…), où le temps partiel est particulièrement développé. Notamment au cours des dernières décennies sous l’effet de la flexibilisation croissante du travail», explique Françoise Milewski, rapporteure de l’étude et économiste à l’OFCE. Et si les femmes sont bien souvent cantonnées dans ces métiers, c’est non seulement en raison de leur formation initiale, mais aussi des stéréotypes sur «leur prédisposition» à certains types d’emplois, souligne l’étude du Cese.

Le reflet d’inégalités entre les sexes

Cette réalité du temps partiel quasi exclusivement féminin s’explique aussi par «le partage inégal des tâches domestiques et de l’éducation des enfants entre les hommes et les femmes», selon Françoise Milewski. Certaines femmes «choisissant» ce type de contrat pour s’occuper de leurs enfants le soir ou le mercredi.

Mais les politiques publiques ont aussi leur responsabilité dans le développement du temps partiel féminin: «Dans les années 1990, le gouvernement de l’époque a promu le temps partiel auprès des entreprises afin de lutter contre le chômage, en allégeant les cotisations sociales pour ce type de contrat. Et en 2004, la réforme des prestations aux familles de jeunes enfants a instauré la possibilité de prendre un congé parental à temps partiel», rappelle  Françoise Milewski. Des mesures dont les effets se sont fait ressentir à long terme, car même si les politiques sont redevenues neutres ensuite sur cette question, les emplois à temps partiels sont restés à un niveau élevé.

Une loi pour mieux encadrer le temps partiel

Reste que cette extension du temps partiel a des conséquences lourdes pour les femmes. «Cela est devenu une forme de sous emploi, qui se traduit par le fait que les femmes sont surreprésentées dans les bas salaires et vivent souvent dans des conditions précaires», insiste Françoise Milewski. Autre effet néfaste de ce type d’emplois pour les femmes: ils sont rarement un tremplin pour évoluer ou accéder à un poste à temps plein. «Rares sont les entreprises qui favorisent par exemple, la formation continue pour leurs salariées à temps partiel, car elles en ont besoin pour assurer leur activité», constate Françoise Milewski. Et les femmes ayant multiplié les contrats à temps partiel au cours de leur carrière risquent fort de devenir des retraitées pauvres.

Conscient de ces conséquences néfastes du développement du travail à temps partiel, le gouvernement a décidé de mieux l’encadrer. La loi du 14 juin 2013 relative à la sécurisation de l’emploi impose pour la première fois un seuil minimum hebdomadaire de 24 heures d’activité pour les salariés à temps partiel et la majoration de 10% du salaire dès l’accomplissement de la première heure complémentaire. Des avancées qui permettront peut-être d’améliorer les conditions de travail de beaucoup de femmes…