Faillite de Mory Ducros: Pourquoi le transport routier est sur la mauvaise voie

ECONOMIE Plusieurs milliers de postes sont menacés, sans compter les sous-traitants...

Mathieu Bruckmüller

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Illustration: des camions de transport de marchandise en France.
Illustration: des camions de transport de marchandise en France. — JEAN-PIERRE MULLER / AFP

Une mauvaise nouvelle de plus sur le front de l’emploi pour l’exécutif. Alors que François Hollande maintient son objectif d’inverser la courbe du chômage, au plus haut depuis 1997 à 10,9% de la population active, l’incertitude plane pour les 5.000 salariés français de Mory Ducros. Le transporteur a annoncé vendredi être en dépôt de bilan, l'un des plus importants en France depuis celui de Moulinex en 2001, et qui vient quinze jours après celui de FagorBrandt (1.800 emplois menacés).

La CFDT, syndicat majoritaire au sein de l'entreprise, craint un plan de restructuration qui pourrait se traduire par la suppression de 2.000 à 3.000 postes chez Mory Ducros. L’inquiétude est aussi de mise pour les 2.000 personnes en sous-traitance, s’alarment les syndicats.

79,5 millions d'euros de pertes

Selon les comptes récemment déposés au greffe du tribunal de commerce, le groupe a perdu 79,5 millions d'euros lors de son exercice 2012 pour un chiffre d'affaires de 765,5 millions.

Les difficultés du deuxième acteur du transport de messagerie en France, né de la fusion de Mory et Ducros l'an dernier, illustre la mauvaise passe que traverse le secteur du transport de marchandise depuis le début de la crise.

Une chute de plus de 20% de l’activité

D’après les chiffres de la Fédération Nationale des Transports Routiers (FNTR), l’activité a chuté de 21,3% entre 2007 et 2012, entraînant sur la période pour ces entreprises une flambée des liquidations ou des redressements judiciaires de 27,4%. L’an dernier, à peine la moitié des employés de la Sernam, en liquidation judiciaire, avaient été repris par Geodis, filiale de la SNCF.

«L’annonce d’aujourd’hui est spectaculaire, mais tous les jours des entreprises petites et moyennes disparaissent», confirme la FNTR. 97% des quelque 37.000 entreprises, représentant plus de 400.000 emplois, ont moins de 50 salariés.

«Le transport est un indicateur avancé de la situation économique du pays. Quand l’activité est en panne, il y a moins de marchandises à livrer donc les camions roulent moins», explique Thierry Million, responsable des analyses chez Altares. Et comme les marges du secteur sont minimes, autour de 2%, les marges de manœuvre sont très réduites quand la conjoncture est mauvaise.

300 faillites au troisième trimestre

Le rebond de la croissance française au deuxième trimestre, qui a sorti le pays de la récession, pouvait laisser penser aux transporteurs routiers que le plus dur était derrière eux. Mais l’optimisme a fait long feu avec le recul du PIB de 0,1% au troisième trimestre. Résultat, 300 entreprises du secteur ont fait faillite entre juillet et septembre, un chiffre en hausse de 3,8% par rapport à la même période l’an passé, selon Thierry Million qui parle «de retournement défavorable».

A ses yeux, la situation pourrait se tendre un peu plus à l’approche de l’hiver si jamais les prix à la pompe, au plus bas depuis deux ans pour le gazole, repartaient à la hausse en raison des tensions géopolitiques sur le nucléaire iranien.

Le dossier Mory Ducros est suivi de très près par Bercy. Comme FagorBrandt, elle fait partie des entreprises éligibles aux prêts d'urgence, 380 millions d’euros en tout, du «plan de résistance» économique annoncé par le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, il y a une semaine.